Redwane Telha, rédacteur en chef de l’Instant M sur France Inter, présente la nouvelle émission Pouce sur Clique TV, une émission consacrée aux réseaux sociaux. L’occasion pour le journaliste de mener une réflexion sur ces plate-formes qui ont pris une place de plus en plus importante dans la société.

Pourriez-vous nous présenter votre nouvelle émission, Pouce ?

Redwane Telha. Pour moi, l’émission Pouce est une manière de raconter la société à travers le prisme des réseaux sociaux. Aujourd’hui, un Français sur deux est connecté sur Facebook, environ un sur deux va quotidiennement sur Youtube. Alors, on s’est dit qu’il y avait matière à raconter la-dessus.

Quels sont les sujets traités pour la première émission ?

Il y a eu deux plateaux. Le premier était un débat autour de la signification du like. Il s’agissait d’avoir une réflexion sur l’importance de ce geste, le Pouce, et ce qu’il change dans nos rapports sociaux. Ensuite, trente minutes de l’émission était consacrée à un invité, Florian On Air. C’est un YouTuber qui fait le tour des restaurants de France, les petits « bouis-bouis », les bistrots, les snacks, les sandwicheries, etc. Ce qui me fascine avec cet influenceur, c’est qu’il a réussi à raconter la France à travers le sujet de la nourriture et du produit que ce soit dans un bar au bord de la plage, dans un Grecs de banlieue ou encore un libanais à Paris.

L’un de vos sujets de prédilection en tant que journaliste a souvent été les réseaux sociaux. Pourquoi ?

Je ne sais pas si on peut dire que les réseaux sociaux sont une passion en soit. Pour moi, ils représentent là rue et dans la rue, on trouve de tout : on voit des gens qui ont une discussion passionnée sur la politique, d’autres qui parlent de musique, d’autres qui jouent au foot. C’est ça les réseaux sociaux. L’ensemble de la population est connectée à travers un réseau. C’est pourquoi les réseaux sociaux donne un bon indice de ce qu’est la société aujourd’hui. C’est vraiment le reflet, parfois déformant, parfois grossissant, de certaines qualités et certains péchés de notre temps.

Pouce Redwane Réseaux Sociaux

Avez-vous remarquer certaines tendances en 2018 sur les réseaux sociaux ?

2017 avait été une année très dure, surtout sur les questions de genres, de races, l’affirmation des communautés. C’était l’année des mouvements Metoo et #balancetonporc. Il y a eu des échanges très virulents, des débats pour et contre les réseaux sociaux. Les médias les ont présentés comme une arène un peu sauvage où l’on s’invectivait, où l’on insultait, où l’on allait toujours plus loin. Au contraire, en 2018, j’ai eu l’impression d’un retour à la bienveillance, notamment sur YouTube où les internautes essaient d’être de plus en plus positif. Les gens prennent le temps de se lire et de s’écouter. On voit de plus en plus de gestes de soutien, d’écoute, d’amitié. On revient ainsi à l’essence même des réseaux sociaux : un lieu apaisé où l’on peut discuter des grandes thématiques de notre temps.

Quel est votre rapport personnel avec les réseaux sociaux ?

J’ai 26 ans. Je suis né à une époque où Internet est arrivé et on s’est pris les réseaux sociaux en pleine face. Quand j’étais ado, j’ai vu l’apparition des premiers réseaux sociaux. On ne savait pas que ça s’appellerait comme ça, mais on les manipulait déjà à travers les plateformes de blogs comme Skyblog ou les tchat comme MSN Messenger. Pour notre génération, c’était l’apparition de tout un tas d’outil qui nous permettait de nous exprimer. A l’époque, on vivait ça comme une véritable innovation. On s’est saisi de ces outils avec plus ou moins de distance. On a essayé d’en faire quelque chose. C’est pourquoi aujourd’hui, j’ai une pratique quasi naturelle des réseaux sociaux. C’est un moyen d’expression comme le fait de parler directement aux gens. Les réseaux sociaux sont un prolongement de moi-même. Mes différents comptes sont à mon image et c’est tout naturel.

Peut-on dire que vous aimer les réseaux sociaux ?

C’est compliqué de dire si on les aime ou pas. Il y a des choses que j’aime et d’autres que je déteste. Tout simple, les réseaux sociaux, c’est la vie pour moi. Pendant très longtemps, on distinguait ce qui se passait sur Internet et ce qui se passait dans la vraie vie. Internet n’était pas fiable car numérique et virtuel. Mais on se trompait complètement. Internet, c’est la vraie vie ! C’est une plate-forme d’accueil à la vraie vie avec ses tords et ses bienfaits. C’est exactement ce que j’aimerais raconter avec Pouce. Ce n’est pas une émission sur les réseaux sociaux, c’est une émission de société.

Selon vous, quel est l’impact des réseaux sociaux sur le travail des journalistes ?

Tous les métiers sont impactés par les réseaux sociaux. Par exemple, l’autre jour, mon médecin m’a demandé de lui laisser un avis sur Google. Il y a 10 ans, on n’aurait jamais pensé qu’un médecin ait ce réflexe-là ! Cela ne touche pas seulement les médecins mais aussi les boulangers de quartiers, les restaurateurs, etc. Bien évidemment que les journalistes ont du s’adapter en voyant d’autres formes d’expression apparaître par le biais des réseaux sociaux. Ils sont très attentifs à ce qu’il s’y passe et font des essais comme Kombini avec la diffusion de contenus sur TikTok. Peut-être que ça ne marchera pas mais ça vaut le coup de tester. Pour les journalistes, les réseaux sociaux sont finalement un bon indicateur de notre époque. Ils permettent de prendre le pouls de la société.

Quel est le réseau social le plus indispensable pour un journaliste ?

Facebook est un moyen de communication massif et incontournable pour un journaliste. C’est LE kiosque d’aujourd’hui, là où apparaissent les couvertures des magazines et qui nous donne envie de lire un article ou pas. Cette plateforme rassemble aujourd’hui un Français sur 2, soit 30 millions de personnes. Il y a tout le monde sur ce réseau : nos grands-parents, nos parents, nos neveux, nos médecins, etc. Bref, c’est un panel très représentatif de la France et ce n’est pas pour rien si les gilets jaunes y ont trouvé un lieu d’accueil de leur voix et de leurs messages. En France, on estime que 30% de l’audience médiatique passe par Facebook.

Propos recueillis par Marie Bloeme

 

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