Feriez-vous confiance à une machine médecin ? C’est pourtant ce que propose la start-up Ping An Good Doctor. Finies les consultations médicales en cabinet, désormais le diagnostic de votre santé s’effectue via une cabine robotisée, le tout en moins d’une minute. Merci l’intelligence artificielle !

Symptômes grippaux, mal de gorge, maux de tête ? A l’énumération de ces symptômes, vous ne prenez pas rendez-vous chez votre médecin traitant. Vous cherchez plutôt sur votre smartphone via l’application Ping An Good Doctor la « clinique minute » la plus proche pour voir un praticien virtuel (appelé AI Doctor). Vous entrez alors dans une sorte de cabine téléphonique. Puis, vous glissez votre poignet dans un gros bracelet métallique posé sur une table. Il ne vous reste plus qu’à attendre. En quelques secondes et grâce à la description de vos maux, le diagnostic préliminaire de la maladie est posé par la machine. C’est alors seulement qu’un médecin humain intervient en visioconférence pour vérifier et valider la pré-analyse et rédiger si besoin une ordonnance numérique. Vous commandez alors vos médicaments directement sur l’application mobile où plus de 100 catégories de médicaments sont répertoriés.

robot médecin intelligence artificielle

Les cabines médicales de Ping An Good Doctor possèdent suffisamment de données pour détecter plus de 2000 maladies courantes.

De la pure science-fiction ? Détrompez-vous, ce scénario est tout à fait envisageable à l’heure où nous écrivons, grâce à l’intelligence artificielle. Il est même déjà à l’essai en Chine. L’Empire du Milieu mise sur l’intelligence artificielle et le Big Data pour aider le pays à affronter une pénurie de médecins.

L’entreprise Ping An Good Doctor a installé près de 1000 « cliniques minute » dans huit provinces du pays. Les cabines possèdent suffisamment de données pour détecter plus de 2000 maladies courantes et peuvent répondre instantanément à des dizaines de milliers de rendez-vous médicaux ou sanitaires, avec l’aide d’une équipe de 200 médecins en charge de valider les diagnostics. Une méthode gagnant-gagnant puisqu’elle permet de faire gagner du temps aux professionnels de la santé en s’occupant des gestes banals, simples et répétitifs et de donner accès à des soins à un plus grand nombre.

Ping An Good Doctor : déjà 500 000 consultations par jour

Le projet pilote a été testé pour la première fois, il y a un an, à Wushen (Chine) avec un seul cockpit placé dans un espace public. Et les habitants de la ville ont rapidement adopté ce dispositif disponible 24h/24. Ce succès s’explique grâce à la facilité d’accès et la rapidité du système. Depuis, des cliniques médicales virtuelles ont même été installées dans les pharmacies et dans les entreprises, à l’instar de l’usine Volkswagen à Shanghai.

Avec près de 228 millions d’inscrits juste à Hong Kong, Ping An Good Doctor est la plateforme chinoise de soins médicaux en ligne la plus cotée. Chaque jour, l’application reçoit 500 000 demandes pour des consultations. L’entreprise estime que son millier de stands pourront fournir rapidement des soins médicaux à plus de 3 millions d’utilisateurs.

Ce développement fait écho à la volonté de la Chine de prendre la tête des technologies de pointe dans le domaine médical et répond surtout à un besoin démographique. Alors que le pays compte près 1,4 milliard d’habitants, la population connait un véritable déficit dans le milieu médical avec seulement 12 millions de professionnels de santé.

L’intelligence artificielle : l’accès à la santé pour tous

Robot médecin intelligence artificielle

Les robots médecins, s’ils permettent l’accès à la santé au plus grand nombre, soulèvent la question de l’éthique et du rapport à l’humain.

La démographie chinoise est très inégale et pose un réel problème. Dans les campagnes et les provinces l’accès aux soins de santé est difficile car les médecins les plus compétents sont principalement concentrés dans les grandes villes. Selon un rapport du centre étatique d’information (2017), seulement 10 % des hôpitaux chinois sont considérés comme des hôpitaux de haut niveau. Or, ces même 10% doivent traiter la moitié des patients du pays. L’intelligence artificielle et le Big Data sont donc de véritables petites révolutions pour les habitants des plus petites villes car elles leur permettent d’avoir accès à des soins qui, jusqu’à présent, n’étaient accessibles que dans les grandes métropoles chinoises.

Même si le médecin qui reçoit l’analyse de la clinique minute est moins compétent qu’un médecin de Hong Kong par exemple, le système utilisé par l’appareil l’aide à analyser, interpréter les symptômes et/ou les examens qu’il reçoit du patient. Dans une logique d’imitation et de reproduction, les techniques des médecins qualifiés sont diffusées via la machine dans les localités plus restreintes.

Néanmoins, si certain ont déjà adopté l’application, il reste à convaincre ces patients encore réticents à l’idée de confier leur santé à une machine. Si le projet séduit, tant l’innovation est considérable et même révolutionnaire, il pose néanmoins toujours ce problème d’éthique concernant l’humain et la machine.

Marie Bloeme

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