Guy Vallancien, pionnier de la robotique chirurgicale, nous invite à réfléchir sur l’avenir de l’homme augmenté, avant qu’il ne tutoie notre quotidien, dans son plaidoyer pour un humanisme numérique, Homo artificialis.

Des prothèses qui reproduisent la sensation du toucher, des exosquelettes octroyant une force surhumaine, des lunettes connectées pour rendre la vue aux malvoyants… Toutes ces innovations ne sont plus de l’ordre de la science-fiction mais existent bel et bien. L’homme qui valait trois milliards pourrait même être ringardisé dans quelques années face aux nouvelles technologies toujours plus performantes. A-t-on toutefois réellement besoin de devenir des surhommes ?

Entre les pessimistes réfractaires à toutes innovations et les scientifiques qui se prennent pour Dieu, Guy Vallancien choisit la voie de la modération, dans son nouvel essai, Homo artificialis (éditions Michalon). Ni pour, ni contre donc — quoique, plutôt du côté d’un humanisme bien humain. Le chirurgien tend cependant à confondre robot, intelligence artificielle, progrès et découvertes scientifiques comme l’explique Mais où va le Web ? dans sa chronique sur Comm-des-mots. Pour lui, « la science est amorale ». Il faut laisser les scientifiques faire toutes les découvertes possibles. C’est ensuite à la société de déterminer s’il faut les utiliser ou pas.

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« Les gens sont beaucoup plus agressifs avec un robot humanoïde qu’avec ceux d’une autre forme« , Guy Vallancien

Biologie versus digital

Pour Raymond Kurzweil, ingénieur et futurologue américain, les choses sont claires : grâce aux progrès exponentiels de la technologie, l’intelligence artificielle devrait dépasser celle de l’homme d’ici 2045 et devenir ainsi autonome. Les prémices de cette prophétie se font déjà sentir. La victoire du robot AlphaGo contre le champion du monde de Go a prouvé l’efficacité de l’intelligence artificielle et du machine learning. Le directeur ingénierie de Google va même jusqu’à affirmer que, dans quelques dizaines d’années, l’homme deviendra immortel grâce aux avancées scientifiques.

Vivre jusqu’à 180 ans, voire plus, « pour quoi faire ? », demande Guy Vallancien. Quant à remplacer l’homme par la machine, très peu pour lui. L’opération serait d’ailleurs impossible selon l’auteur.

« Les scientifiques veulent créer un homme grâce au calcul mais la rétro-ingénierie, ça ne marche jamais. L’homme et son cerveau sont un mystère biologique vieux de plusieurs milliers d’années. Personne ne comprend comment ça fonctionne. »

Gloire à l’homme !

Le chirurgien consacre une très grande partie de son essai à l’éloge des merveilles biologiques du cerveau et à ses spécificités. Il met en scène avec humour un robot participant à la cérémonie du thé au Japon, imagine notre futur assistant conversationnel s’embourber face à une phrase pleine de doubles sens et reprend également les tentatives des robots de reproduire de la musique ou une peinture sans atteindre « ce petit truc » qui fait l’art. Il touche enfin quelques mots sur le remplacement des hommes par les machines au travail et la mise en place d’un revenu universel.

Bref, pour Guy Vallancien, le robot ne pourra pas remplacer l’homme, dans ce qui fait son essence même. Un plaidoyer touchant et plein d’optimiste, à grand coup de références médicales qui trainent en longueur. Après tout, l’auteur se défend : « Je ne suis que chirurgien et ne parle bien que de ce que je connais. »

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Tableau réalisé par un ordinateur, à partir de l’analyse des portraits peints par Rembrandt. © The Next Rembrandt

L’homme réparé mais pas augmenté

Faut-il pour autant arrêter les recherches purement et simplement ? L’auteur se dit « contre le principe de précaution » et explique que tous les progrès ne sont pas néfastes. Il prend en exemple sa propre expérience d’opération chirurgicale avec un bras robotique, qu’il nomme la « chirurgie Nintendo ». Grâce à la rotation à 360° de la machine, il peut effectuer des mouvements que son poignet ne lui permet pas. Le docteur met simplement en garde contre le solutionnisme technologique ; autrement dit, la technologie ne peut pas tout résoudre.

« La technologie doit être au service de l’homme pour le réparer et non l’augmenter. » Ainsi conclut en bon médecin Guy Vallancien. La question reste à savoir où sera la limite entre corriger la vue et octroyer une vision aussi précise que le vautour. Où est la normalité et jusqu’où pouvons-nous aller ? Le chirurgien reste optimiste. Il précise que l’homme saura s’arrêter comme il a su mettre un terme à l’homme nouveau de Marx et à l’homme arien. Sans apporter de concrètes informations ni de solutions, le livre a le mérite de vulgariser une thématique compliquée et actuelle pour donner des axes de réflexion.

homo-artificialis-guy-vallancien-livreTitre : Homo Artifialis. Plaidoyer pour un humanisme numérique
Auteur : Guy Vallancien
Editions : Michalon
Date de parution : janvier 2017
Nombre de pages : 208
Prix : 17 €

Mélodie Moulin

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