L’utilisation du numérique polluerait aujourd’hui autant que toute l’activité aérienne civile dans le monde. Des gestes simples peuvent limiter l’émission de gaz à effet de serre, comme la suppression de ses emails.  

« Dans un souci de protection de l’environnement, nous vous remercions de ne pas imprimer ce mail. » Bravo ! Vous avez économisé quelques feuilles de papier mais vous n’avez pas totalement sauvé un arbre. Il manque encore une étape : la suppression du mail une fois que vous aurez assimilé son information. Ce n’est pas parce que le courriel est dématérialisé qu’il ne pollue pas. Il est stocké avec des millions de copains dans des bâtiments remplis d’ordinateurs énergivores, des data centers.

Les mails ne sont pas les seuls en cause, vidéos en streaming et recherche sur Google sont autant d’activités polluantes. Un internaute serait responsable de 806 grammes de CO2 par jour. Si on multiplie cette somme par le nombre d’internautes dans le monde (3,5 milliards) puis par le nombre de jours dans une année, la pollution numérique annuelle s’élève à plus de 609 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de l’intégralité des vols d’avions civils dans le monde… Un chiffre qui risque de s’accroître considérablement, les experts estimant que dans quelques années nous serons plus de 5 milliards d’internautes. Comme quoi la question de l’écologie s’applique aussi aux geeks !

Faites un geste pour la planète, supprimez vos mails

Cleanfox propose de se désabonner des newsletters non lues.

Nous avons testé Cleanfox. Les newsletters que nous recevons seraient responsables de près de 17 kg d’émission de CO2.

47 % du gaz à effet de serre émis par le numérique est imputable à l’usage des internautes. Limiter la pollution digitale révèle ainsi de la responsabilité de tous. Cleanfox, une start-up française qui nettoie gratuitement les boites mail, préconise 10 gestes à adopter dès que possible dont vider sa boite mail. La start-up estime qu’un email génère 10 grammes de CO2 par an. Une pacotille qui à grande échelle prend des proportions énormes : « Chaque minute, plus de 200 millions d’emails sont envoyés. Les emails sont directement responsables de l’émission de plus de 2000 tonnes de CO2 par minute soit plus d’un milliard de bouteilles d’un litre de CO2 », évalue le fondateur Edouard Nattée.

Lancée en septembre 2016, la start-up analyse pendant 50 secondes votre messagerie, propose de supprimer les messages inutiles et de vous désabonner aux newsletters que vous n’ouvrez pas. En quelques semaines, le site estime avoir supprimé près de 30 millions de courriels dans 156 pays, soit 289 302 kg de CO2 économisés et plus de 57 000 arbres sauvés. Voilà de quoi enthousiasmer Idéfix !

Vers des data centers écolos

Rappelons toutefois que les emails pèsent bien peu comparés à une musique ou une vidéo sur Internet pouvant aller jusqu’à plusieurs centaines de mégaoctets. Ces fichiers lourds sont sauvegardés dans des data centers, de longues rangées de serveurs informatiques au sein desquelles transitent de nombreuses informations en provenance et à destination du monde entier. Ces ordinateurs sollicités en permanence sont de gros consommateurs d’électricité. En plus, ils chauffent énormément alors qu’ils ne supportent pas les hautes températures, ce qui nécessite d’utiliser un système de climatisation lui aussi énergivore. Les data centers représenteraient 1,5% de la consommation électrique mondiale (l’équivalent de 40 centrales nucléaires) et seraient responsables de 2 % des émissions de gaz à effet de serre.

Exemple de data center

La consommation électrique des data centers dans le monde représente l’équivalent de 40 centrales nucléaires.

Pour limiter cette surconsommation, de nombreuses entreprises ont entamé des démarches écologiques. Par exemple, Orange expérimente le free cooling. Ce système exploité par le data center de Val de Reuil, en Normandie, utilise l’air extérieur pour refroidir les serveurs. De son côté, la start-up française Qarnot Computing s’est donnée pour mission de chauffer les bâtiments gratuitement et écologiquement grâce à la chaleur issue des serveurs informatiques. Au lieu de réunir tous les appareils dans un même bâtiment, les ordinateurs sont dispersés dans les maisons où ils diffusent leur chaleur. Une solution gagnante pour tout le monde : d’un côté les entreprises utilisant les ordinateurs réduisent leur consommation à l’image de BNP Paribas ; de l’autre, de nombreux foyers profitent gratuitement de la chaleur créée et diffusée.

Mélodie Moulin

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