Actuellement en 3e année en école de communication, Adélaïde Deffond a tenté l’expérience d’un semestre d’études à Shanghai. Pour elle, ce fut un véritable « choc culturel ».

Culture Formations. Pourquoi décider de partir en Chine pour vos études ?
Adélaïde Deffond. J’ai tendance à vouloir bouger et j’avais très envie d’aller à l’étranger. Même si je n’avais pas d’affinités particulières avec la Chine, Shanghai était la destination la plus éloignée que nous proposait l’ECS Paris. C’était l’occasion de découvrir une nouvelle culture. La distance ne me posait pas de problème car j’ai déjà voyagé loin et seule. Je venais d’avoir 20 ans et cette envie de partir était une façon de prendre mon indépendance, de prouver que je pouvais y arriver.

C.F. Comment avez-vous préparé votre voyage ?
A.D. Concernant les papiers administratifs, c’était plutôt facile. J’ai pris mon billet d’avion et fait une demande de visa de mon côté. C’était la première année que l’école proposait ce genre de voyage. Elle nous a aidé à faire nos papiers en nous indiquant les démarches à suivre. Ce qui m’a pris le plus de temps, c’est travailler pour réunir les fonds nécessaires au voyage. Je suis partie avec une enveloppe de près de 8 000 € et je n’avais plus rien à mon retour. Heureusement, l’école nous a laissé du temps en janvier pour travailler avant de partir, car sur place, on ne pouvait pas gagner d’argent.

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Le Bouddha géant de Leshan, d’une hauteur d’environ 70 mètres. © Adélaïde Deffond

C.F. Le coût de la vie à Shanghai est-il élevé ?
A.D. Plus il y aura d’occidentaux et plus la vie y sera chère. Une chambre en colocation s’élevait par exemple à 500 € par mois. Enfin, il faut relativiser, la vie y est chère si on vit comme des Européens, les prix sont aussi élevés qu’à Paris en termes de nourriture (pizza, restaurant) que des boissons et des vêtements. Les éléments de la culture chinoise sont plus abordables, mais on ne peut pas manger chinois tous les jours : c’est trop gras !

C.F. Avez-vous trouvé facilement un appartement ?
A.D. Ce fut l’un des points les plus difficiles. Sur place, l’école n’est plus là pour nous aider. Je n’avais jamais cherché un appartement avant ça, mais je pense que c’était aussi compliqué que d’en chercher un à Paris. En février, il y a beaucoup d’étudiants qui arrivent comme nous. Les bons appartements se font donc rares. Les agences immobilières ont l’habitude de s’occuper d’étudiants comme nous mais il faut faire attention car ils font signer des contrats d’un an et il faut payer pour les rompre au bout de quelques mois. Heureusement, il existe des groupes Facebook pour nous guider et nous alerter sur les risques d’arnaques.

C.F. Comment avez-vous fait le temps de trouver un logement ?
A.D. J’avais une connaissance à Shanghai qui m’a hébergée le temps de trouver quelque chose. Rassurez-vous, ceux qui n’avaient rien ont pu trouver refuge dans les auberges de jeunesse grâce à Barbara qui nous supervisait sur place !

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Mariage traditionnel à la Cité Interdite à Pékin. © Adélaïde Deffond

C.F. Racontez-nous votre premier jour sur le sol chinois.
A.D. La première difficulté à notre arrivée à l’aéroport fut de trouver un taxi. Les conducteurs ne parlent absolument pas anglais et ne lisent pas notre alphabet. Il a fallu écrire l’adresse en chinois sur un bout de papier. Ensuite, nous devions obligatoirement nous enregistrer auprès de la police. La barrière de la langue a une nouvelle fois posé problème. L’une des premières choses que l’on ressent en arrivant, c’est la pollution. La ville est baignée dans une grosse couche de gris. Et puis, il y a eu l’étape des repas. Les vendeurs de nourriture dans la rue ne parlent pas anglais et on ne comprenait pas ce qui était écrit sur les pancartes. On ne savait pas ce qu’on mangeait. Ça et la pollution… Je suis tombée malade dès la première semaine.

C.F. Vous n’aviez pas appris le chinois avant de partir ?
A.D. Non, on dit en général que Shanghai est une ville très occidentalisée et qu’on y parle anglais. Au travail oui, mais pas dans la rue… Heureusement, nous avons eu des cours de langue pour apprendre les bases : les chiffres, comment se diriger et commander de la nourriture. C’est la clef pour survivre à Shanghai !

C.F. Dans quelle entreprise avez-vous effectué votre stage ?
A.D. J’ai intégré une start-up anglaise dans laquelle j’ai beaucoup appris. C’était le seul stage en design de packaging que l’on proposait et je me suis jetée sur l’occasion car c’est ce que je voulais faire. Cette expérience m’a beaucoup apporté. Elle m’a permis de me rendre compte que j’étais capable de travailler en anglais et de savoir ce que je voulais faire et ne pas faire. L’avantage à Shanghai est qu’on vous donne votre chance, peu importe votre âge et votre diplôme. Par exemple, mon maître de stage est arrivé en Chine à 22 ans, sans diplôme particulier. Il a obtenu tout de suite un poste de chef de projet et a ensuite monté plusieurs entreprises. Contrairement en France, les Chinois embauchent à la confiance. C’est pourquoi il y a de nombreuses opportunités pour les étrangers. Ces derniers sont très appréciés car ils ont des manières de travailler différentes et peuvent apporter beaucoup aux entreprises.

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Xi’an, Huaqing Palace. © Adélaïde Deffond

C.F. Avez-vous des anecdotes, des faits qui vous ont marqués pendant votre séjour ?
A.D. J’en ai plein ! Les Chinois, par exemple, passent leur vie au travail à manger et à dormir. C’est assez drôle. Beaucoup de gens m’ont dit qu’il faut toujours être derrière eux pour les guider et leur dire ce qu’il faut faire. C’est peut-être pour ça que les recruteurs apprécient l’autonomie et l’initiative des occidentaux. Les Chinois sont aussi très violents dans leur manière de parler. Dans la rue, c’est chacun pour soi. C’est la guerre pour avoir une place dans le métro. Pour eux, cela parait tout à fait normal. Il faut dire que nous ne sommes pas habitués à vivre aussi nombreux dans une ville. Une autre chose qui m’a marquée, c’est de voir les bébés fesses à l’air dans la rue. Là-bas, ils ne mettent pas de couches.

C.F. Cela a dû être un véritable choc culturel…
A.D. Totalement ! Quand on arrive, c’est l’aventure. Puis on tombe rapidement malade. Personnellement, j’ai perdu 6 kg au début du séjour. On s’acclimate avec le temps mais au bout de 4-5 mois, on a besoin de rentrer chez soi pour retrouver un peu de « civilisation ». Parfois, on a l’impression d’être au Moyen-Âge tellement il y a de bruits et d’odeurs. Cela devient oppressant et on a besoin de faire une pause.

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Leshan, le village de pêcheurs « Yucun ». © Adélaïde Deffond

C.F. Gardez-vous quand même de bons souvenirs ?
A.D. C’est vrai que sur place il y a des hauts et des bas. C’est seulement une fois rentrée en France que l’on se rend compte à quel point c’était bien. Finalement, un semestre ce n’est pas assez. J’aimerais y retourner. Au fond, Shanghai est devenue ma ville, là où j’ai pris mon indépendance, c’est chez moi.

C.F. Outre Shanghai, avez-vous pu visiter d’autres lieux ?
A.D. Nous avons eu deux semaines de vacances pendant lesquelles j’ai pu visiter la Chine centrale. J’ai vu l’armée de soldats en terre cuite, je suis allée voir les pandas, j’ai visité un lieu de culte bouddhiste où se trouve le plus gros bouddha sculpté au monde. J’ai aussi passé un week-end à Pékin. Bref, j’ai pu voir des merveilles du monde, la Chine en dehors du chaos de Shanghai. Il y a vraiment un monde qui sépare cette ville du reste du pays.

C.F. Un mot pour les jeunes qui vous lisent et hésitent encore à partir ?
A.D. Allez-y l’esprit ouvert et n’ayez pas peur d’être déçus. C’est un monde plein de surprises qui vous attend. Shanghai est une ville parfaite pour faire une partie de ses études, sortir et s’amuser. C’est une ville très cosmopolite. Une vraie expérience à vivre !

Propos recueillis par Mélodie Moulin

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