Le 28 octobre 2016, les étudiants de l’IEJ Paris accueillaient dans le cadre d’une Master Class un grand nom du journalisme de sport, Grégoire Margotton. La voix des Bleus sur TF1 revient sur son parcours à Canal + et ses expériences passées.

C’est avec un enthousiasme et une impatience non dissimulés que les étudiants de l’IEJ Paris attendaient l’arrivée de Grégoire Margotton. Dix minutes avant le début du rendez-vous, les chaises aux premiers rangs étaient prises d’assaut avant celles du fond. L’entrée du journaliste dans la salle a donc été accueillie sans surprise par les applaudissements. S’est ensuite installée une conversation de deux heures, naturelle et décontractée, entre les futurs journalistes en herbe et leur aîné. Sa carrière, ses projets, ce qu’il pense du monde du journalisme aujourd’hui, ses conseils… Tous les sujets y sont passés !

De Canal + à TF1, la nouvelle voix des Bleus

Cet été, après 24 ans de bons et loyaux services à Canal +, le commentateur sportif quittait son poste pour de nouvelles aventures à TF1. Un départ qui a surpris les passionnés du ballon rond mais qui n’a pas été pris sur un coup de tête. « Cela faisait un moment que je voulais arrêter. J’avais besoin d’avoir un peu plus de temps pour m’occuper de ma famille. La vie de journaliste est compliquée, surtout dans le sport. On n’a pas beaucoup de temps pour soi. J’espère que mes enfants ne m’en voudront pas », argumente le journaliste de 47 ans.

Ce dernier ne regrette absolument pas son choix. Au contraire, son emploi du temps allégé lui permettrait d’envisager de nouvelles missions : donner des cours, écrire un livre et pourquoi pas faire de la radio ? « J’en en toujours rêvé. » En attendant, sa mission de commentateur de sport aux côtés de Lizarazu reste la même qu’à Canal +. « On est peut-être un peu moins dans le détail mais j’espère avoir gardé le même ton. Personne ne m’a demandé de changer en tout cas. »

Gégoire Margotton, journaliste de sport à TF1 et invité à la Master Class de l'IEJ Paris

Gégoire Margotton était l’invité à la Master Class de l’IEJ Paris le 28 octobre 2016.

Il n’y a pas d’âge d’or du journalisme

En parallèle des commentaires de match, le journaliste anime une émission de sport sur LCI, Club 26. Cette dernière devrait subir quelques changements. Dès le 4 décembre, les téléspectateurs pourront ainsi retrouver le journaliste dans un programme consacré au « sport bleu de haut niveau, un thème qui est peu abordé, qui me correspond et qui correspond à TF1 ». Quant à l’introduction de nouveaux sports sur la chaîne, Grégoire Margotton précise qu’il n’est pas décideur, bien qu’il nourrisse l’espoir de la diffusion d’un match de la ligue des Champions par mois sur TF1. Il rappelle également la mauvaise situation économique des médias à l’heure actuelle. « Avant, à Canal +, on faisait tout ce que l’on voulait, car on avait tous les droits. Maintenant, je dois apprendre à faire de la TV avec très peu de moyens. »

« Si j’étais jeune, mon modèle serait Martin Weill. »

La réaction dans l’assemblée des étudiants est unanime. « C’était mieux avant, à l’époque de l’âge d’or du journalisme », entend-on chuchoter dans les rangées de chaises. « C’était différent », répond avec bienveillance le commentateur. L’inquiétude semble pourtant avoir gagné les étudiants qui regrettent la perte du journalisme de qualité au profit des buzz. L’invité se veut une nouvelle fois rassurant : « Le journalisme est aujourd’hui explosé et doit se réinventer. Heureusement, les enquêtes de qualité, fouillées, existent toujours. Par exemple, j’aime beaucoup ce que font le Petit Journal  et le Quotidien. Si j’étais jeune, mon modèle serait Martin Weill. »

A ces mots, les étudiants ont fait glissé la conversation sur la grève à iTélé, un événement qui touchent tous les journalistes. « Si les milliardaires nous disent comment travailler, c’est la fin de notre métier et de la démocratie, s’inquiète Grégoire Margotton. La pression sur les journalistes n’est plus politique mais économique. J’espère que la grève va déboucher sur quelque chose de bien pour iTélé mais aussi pour toute la profession. »

Un journaliste doit être multi-support

Le métier change et les compétences aussi. Pour Grégoire Margotton, l’avenir des journalistes réside dans leur capacité « à jongler sur le multi-support ». Les professionnels de demain devront savoir écrire un article, manipuler une caméra, monter des images, parler derrière un micro… Autre conseil du journaliste : être ouvert d’esprit. Ce n’est pas parce qu’il travaille dans le sport qu’il n’est pas attentif à ce qui se passe dans la société. « Je m’intéresse plus à la campagne électorale américaine qu’au prochain match du PSG. Désolé ! »

« A la base, je voulais être journaliste politique. »

Le commentateur n’a d’ailleurs pas toujours voulu se spécialiser dans le sport, cette orientation ayant été prise par hasard alors qu’il était en stage à Canal +. « A la base je voulais faire du journalisme politique, avoue-t-il. Mais après plusieurs exercices à l’école, je me suis rendu compte que ça ne m’intéressait pas. » Et si vous voulez être commentateur de sport, les qualités sont les mêmes que celles d’un journaliste : « savoir raconter une histoire, avoir une langue précise, faire le choix des informations et les classer dans le bon ordre. » Ajoutez à cela du temps et de l’entraînement. « Vous seriez mort de rire si vous écoutiez mon premier commentaire. »

Les étudiants de l'IEJ interrogent Grégoire Margotton sur son métier de journaliste

Les étudiants de l’IEJ interrogent Grégoire Margotton sur son métier de journaliste

Ne pas confondre journaliste et consultant

Revenons justement au commentaire de match. L’homme qui a travaillé avec plus de 50 consultants a dû attendre un moment avant de se sentir légitime dans son travail. « J’ai même demandé un jour à Eric Cantona s’il était nécessaire selon lui d’avoir déjà joué au foot pour le commenter. Il m’a rassuré et m’a montré que l’on pouvait avoir une autre vision du jeu sans avoir mis le pied sur le terrain. »

Avant d’ajouter : « Ça me gêne quand le public ne fait pas la différence entre le journaliste et le consultant ou quand le journaliste se fait manger par le consultant. Il faut trouver le bon équilibre. C’est au journaliste de faire ressortir les qualités de son binôme. » Il se rappelle avoir tapé plusieurs fois sur la cuisse de Christophe Dugarry, ancien attaquant des Bleus et consultant sur Canal +, et avoir eu quelques mises au point avec lui en dehors des matchs lorsque ce dernier allait trop loin. « On ne doit pas mentir pendant un match, assure-t-il. Si un match est mauvais, il est mauvais. Mais il ne faut pas exagérer, plutôt trouver quelque chose d’intéressant à dire. »

« Je regrette qu’il n’y ait pas plus d’interaction entre les journalistes et les sportifs. »

Quant aux professionnels qui critiquent ouvertement les sportifs à l’antenne, Grégoire Margotton n’est pas de cette école-ci. « C’est l’époque qui veut que l’on critique les sportifs. Ce n’est pas dans ma nature de dire du mal. Il ne faut pas voir le sportif dans l’instant T mais intégrer dans son discours ce qu’il a déjà fait et ce qu’il est capable de faire », explique-t-il en prenant comme exemple Paul Pogba. « On oublie qu’il est jeune et qu’on ne peut pas lui casser tout le sucre sur le dos. »

Enfin, les yeux pétillants, quelques jeunes se lèvent et demandent si le commentateur bénéficie de rapports privilégiés avec les acteurs du foot. La réponse négative douche un peu leur enthousiasme : « plus maintenant. Même à TF1, je n’ai pas de passe-droit pour aller parler aux Bleus. Mon seul avantage est de pouvoir aller sur le terrain avant le début des matchs. » Une barrière qu’il regrette et qu’il espère voir tomber petit à petit. « Je pense que le foot a pris une mauvaise direction en barricadant les joueurs. L’équipe de France essaie de faire marche arrière et de se rapprocher du public. » Le fossé entre sportifs et journalistes n’est pas aussi marqué dans tous les sports.

Les étudiants de l'IEJ Paris attentifs aux propos du journaliste Grégoire Margotton

Les étudiants de l’IEJ Paris attentifs aux propos du journaliste Grégoire Margotton

Foot : une femme bientôt commentatrice ?

Bien que minoritaire en Mastère Journalisme de sport à l’IEJ Paris, les jeunes filles comptent bien se faire une place dans le paysage médiatique. C’est donc tout naturellement qu’une étudiante lève la main : « Ne trouvez-vous pas que les femmes dans les émissions TV de sport sont embauchées pour leur physique et non leur connaissance ?» Le journaliste se dit bien sûr dérangé par ce phénomène, même s’il ne faut pas le généraliser. Il cite à cet effet les noms de journalistes talentueuses dans le domaine du sport comme Estelle Denis ou Nathalie Ianetta. « Et il y en aura d’autres. »

« A l’école, on me surnommait Télécomfunèbre. »

L’invité se veut une nouvelle fois rassurant et dit voir dans les circonstances actuelles une évolution des mœurs. « Le football féminin va devenir très important, prédit-il. La Coupe du monde en 2019 va provoquer un tsunami, et pas seulement pour la pratique du football. J’en rêve d’avance. » Il fait d’ailleurs remarquer qu’il existe déjà des interviewers et des consultants femmes. « La dernière barrière est le commentaire de match. » A cette phrase, les voix s’élèvent dans la salle, arguant qu’une voix de femme serait « insupportable ». Une affirmation rejetée par le journaliste qui donne en exemple Pascale Clark. « La voix, ça se travaille. La preuve, à l’école on me surnommait Télécomfunèbre parce que j’avais un ton grave et monocorde. »

C’est sur cette anecdote que la Master Class se termine, suivie d’une séance de photos/selfies entre la star du jour et les étudiants ravis de rencontrer, pour certains, leur idole.

Mélodie Moulin

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