Après Christophe Rossignon et Jil Servant, Culture Formations poursuit ses rencontres avec des producteurs du monde audiovisuel pour découvrir leur parcours, leur univers et leur vision du secteur. Cette semaine, nous nous penchons sur la télé-réalité avec l’une de ses figurines emblématiques en France : Alexia Laroche-Joubert, présidente d’Aventure Line Productions.

Production télé réalité laroche joubert

Pour commencer, pourriez-vous nous raconter en quelques mots votre parcours ?

Alexia Laroche-Joubert. J’ai fait un peu tous les métiers de la production, à l’exception de la programmation. Rentrée à Canal + pour un stage, j’y suis restée de nombreuses années avant d’intégrer TF1 puis Endemol. Mon parcours est un peu atypique car j’ai eu l’occasion de travailler à la fois dans des grands groupes internationaux et pour un start-up. J’ai en effet monté mon entreprise (ALJ Production) il y a 8 ans. Nous étions deux au départ et quand je l’ai quittée, elle enregistrait plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires.

J’ai accepté enfin de prendre la présidence d’Aventure Line Production l’année dernière. Ce qui m’a plu, c’est le côté aventurier qu’offre la boîte. Cela fait écho à ma carrière : je suis allée sur des terrains télévisés sur lesquels personne n’était allé et c’est ce qui m’intéresse. Désormais, en tant que présidente de société, j’ai un rôle un peu particulier. Je suis là pour manager, pour vendre et acheter des formats à l’international. Pour créer, aussi. C’est un nouveau rôle, un nouveau défi.

Plus jeune, vous vouliez devenir commissaire de police. Comment passe-t-on des forces de l’ordre à la production ?

Alexia Laroche-Joubert. J’ai en effet suivi des études de droit pour devenir commissaire de police mais à l’époque, je ne pouvais pas embrasser la carrière car j’étais trop petite de quelques centimètres. C’est peut-être la frustration de ne pas pouvoir faire ce métier qui m’a poussé à enfermer des gens dans Loft Story (rires). Ma famille était déjà dans le monde télévisuel puisque ma mère était grand reporter de guerre et mon père publicitaire. Grâce à mes relations, j’ai pu commencer en tant que stagiaire chez Ellipse qui appartenait à Canal +.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Alexia Laroche-Joubert. J’aime la diversité des expériences et surtout la richesse des rencontres. Les équipes de tournage ressemblent à des grandes familles avec des gens qui viennent de tous les horizons. C’est très sympa. Le rythme est aussi très intense, émotionnellement parlant. Ce n’est pas comme la production de films qui peut durer trois ans. A la télévision, c’est beaucoup plus rapide. J’aime travailler avec de la matière vivante qui nous échappe toujours un peu.

Après 16 ans de diffusion, la télé-réalité a-t-elle toujours autant de succès ?

Alexia Laroche-Joubert. Il faut arrêter de dire que la télé-réalité est en train de disparaître. C’est monstrueux aujourd’hui le nombre d’heures de télé-réalité qui occupent les programmes TV ! Bien sûr, comme tous les genres, elle se transforme et est encore en pleine mutation. On est passé de l’enfermement à la série réalité avec une narration qui s’apparente plus à du soap. On réintroduit une mécanique dans des émissions qui n’en avaient pas comme dans 10 couples parfaits ou encore les Marseillais ou les Ch’tits.

Les jeunes consomment d’avantage des contenus sur Internet que sur la télévision. Cela a-t-il un impact dans votre travail ?

Alexia Laroche-Joubert. Nous sommes des producteurs de contenu et cela ne changera pas. La problématique se pose davantage pour les diffuseurs. On dit que les formats sont différents sur Internet, pourtant le replay est autant consommé sur les téléphones qu’une vidéo YouTube. Ce mode de consommation entame toutefois la valeur du programme car les moyens alloués au numérique sont moins importants qu’à la télévision.

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Vous dites qu’il serait aujourd’hui impossible de produire une émission comme la Star Academy par manque de moyens. Peut-on tout de même créer des émissions de qualité ?

Alexia Laroche-Joubert. Bien sûr et il y a de nombreux exemples, à l’image de The Voice, qui est une très bonne émission mais produit de manière plus simple. La baisse des moyens signifie qu’il faut se réinventer. KohLanta existe depuis 15 ans et j’espère que depuis sa création nous avons gagné en qualité !

Que doit avoir un programme pour que vous acceptiez le de produire ?

Alexia Laroche-Joubert. La nouveauté est une donnée importante pour moi. J’ai participé à beaucoup de lancement. J’aime aussi la complexité de la production et la liberté qu’on m’accorde sur ce point. Enfin, je suis très téléphage, je regarde beaucoup de programmes et j’aime produire ce que j’aurais aimé voir à la TV en tant que consommatrice. J’ai toujours aimé profondément les programmes sur lesquels je travaille. Je les ai toujours défendu moi-même. Je ne produis jamais quelque chose qui me dérange.

Quels programmes actuels auriez-vous aimé produire ?

Alexia Laroche-Joubert. J’adore L’amour est dans le pré et Marié au premier regard. Mais l’émission dont je suis la plus admirative est Danse avec les stars. C’est un bijou en matière de production. J’ai eu la chance de produire des grosses émissions mais j’avoue que celle-ci est très belle.

Quels sont vos projets pour Adventure Line Production ?

Alexia Laroche-Joubert. Nous lançons un nouveau programme pour TF1, l’Aventure Robinson. Deux candidats, Kendji Girac et Maître Gims seront isolés pendant 5 jours sur une île sauvage et devront remporter des épreuves pour récolter de l’argent pour une association.

Quels profils de collaborateurs recherchez-vous ?

Alexia Laroche-Joubert. Comme je travaille sur des grosses productions, je cherche des personnes capables de combiner rigueur et ouverture d’esprit. Il faut être inventif et oser aller au-delà des frontières.

Propos recueillis par Mélodie Moulin

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