Lancée il y a un an et demi, la start-up PIQ propose des objets connectés adaptés à certains sports pour mesurer l’effort. Cédric Mangaud, CEO de la jeune pousse, nous explique sa vision du sport connecté de demain.

Pouvez-vous nous présenter PIQ ?

Cédric Mangaud. Notre métier est de fournir une plateforme d’objets connectés aux marques. Nous nous sommes par exemple associé à Rossignol pour le ski, Everlast pour la boxe ou encore Babolat pour le tennis. Pour cela, notre entreprise est composée en grande majorité d’ingénieurs (50 sur 67 collaborateurs). Notre technologie, baptisée PIQ Robot, est un petit ordinateur qui mesure les détails des mouvements (la vitesse d’un service au tennis, la force de frappe, le nombre de jets dans un virage, l’impact d’un coup de poing à la boxe, etc.). Il se positionne à différents endroits du corps en fonction du sport. En plus de la prise de données, notre appareil est équipé d’une technologie d’intelligence artificielle dédiée au sport — Gaya — qui va apprendre dans un premier temps les mouvements sportifs grâce au machine learning puis les analyser.

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Quelles sont les différentes utilisations de cet objet connecté ?

C.M. Il y a deux aspects :

  1. D’un côté, Gaya va identifier grâce aux données récoltées les facteurs gagnants chez le sportif et l’aider ainsi à s’améliorer. Par exemple, elle peut lui indiquer avec quel mouvement ou quel côté le joueur de tennis tire le plus fort pour qu’il s’entraîne sur cette voie.
  2. D’un autre côté, chaque sport possède une application mobile permettant de fédérer une communauté de sportifs. Chacun peut partager, s’il le souhaite, avec ses amis ses performances et les challenger.

A qui s’adresse PIQ ?

C.M. Notre cible est constituée de joueurs moyens à partir de 8 ans (en dessous, le jeune n’est pas suffisamment formé pour que les mesures soient correctes). Les professionnels sont déjà équipés d’objets connectés et sont surtout suivis par des data scientists. Nous avons miniaturisé les équipements professionnels dans un seul objet pour l’étendre au grand public. Et il y a une vraie demande, 1,6 milliards de personnes étant membres d’une fédération de sport dans le monde. Tous ceux qui font du sport cherchent à progresser et si on ne fait pas de mesures, on ne peut pas voir l’amélioration. C’est là que nous intervenons.

Les objets connectés pour le sport sont tendances. Mais ne risque-t-on pas d’assister à un effet de lassitude comme ce fut le cas avec les bracelets de type fitbit ?

C.M. PIQ robot est assez différent du bracelet fitbit car il ne s’utilise pas toute la journée mais pendant un événement, un moment particulier. C’est là que réside la grande différence entre les deux. Quand on porte un objet au quotidien, il faut une grande assiduité. On peut vite en avoir marre. Dans le cadre de PIQ, le sportif va porter l’objet ponctuellement. C’est l’engouement pour l’activité qui va provoquer son utilisation. Depuis le lancement de notre produit, nous avons constaté que les deux tiers de nos clients l’utilisent régulièrement car ils sont passionnés de sport. C’est d’ailleurs pour cela que l’on s’associe à des grandes marques qui incarnent cette passion.

Comment voyez-vous le sport connecté dans les années à venir ?

C.M. Je suis persuadée que dans dix ans, il n’y aura plus de sport sans objet connecté que ce soit avec PIQ ou un autre produit. Car à quoi bon faire un effort si on ne peut pas le mesurer ? Personnellement, je suis fan de kytesurf. Si je peux le pratiquer sans capteur, je ne me risquerai plus à faire un grand saut sans l’enregistrer et frimer devant mes copains ! Je pense que tous les sportifs fonctionnent un peu de la même manière. D’ailleurs 70 % des runners ont un bracelet connecté avec une puce GPS pour évaluer leur parcours et leurs performances.

Quels sont vos projets de développement ?

C.M. Notre objectif est de lancer trois à quatre sports par an en partenariat avec des grandes marques. Nous nous penchons actuellement sur le vélo, le football ou encore la natation, le baseball, le rugby… Chaque sport nécessite une adaptation de notre technologie car les mouvements à mesurer sont différents. Les marques nous aident à déterminer quelles sont les mesures judicieuses à prélever.

Vous développez également des partenariats avec des chaînes de télévision et notamment Canal +…

C.M. Ce rapprochement avec le groupe Canal + rentre dans une logique de promotion du produit et de démonstration de notre technologie. Par exemple, lors de la retransmission des matches de boxe à la télévision, on voit en temps réel les données affichées sur l’écran. Les spectateurs peuvent ainsi mieux comprendre l’impact, la force de frappe de chaque sportif. La data ne ment pas et permet de voir rapidement qui va l’emporter.

La data à la télévision va-t-elle s’intensifier ?

C’est en effet un moyen pour les chaînes de télévision, qui paient des droits de diffusion de plus en plus chers, de proposer une expérience plus immersive à ses téléspectateurs. On voit d’ailleurs de plus en plus de statistiques comme la force du lancer d’un service à Rolland Garros. A l’écran, cela paraît facile. C’est beaucoup plus marquant quand on connaît les chiffres. Cela se fait quotidiennement aux Etats-Unis où il y a une vraie culture de la data. Ca vient petit à petit dans l’Hexagone.

Propos recueillis par Mélodie Moulin

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