Aujourd’hui élément différenciant, le personal branding deviendra demain un critère incontournable pour les recruteurs. Se constituer un réseau et une réputation commence le plus tôt possible. Il est temps de mettre en place votre stratégie avec les conseils de Fadhila Brahimi, CEO FB-Associés et spécialisée en stratégie de présence.

Culture Formations. Qu’est-ce que le personal branding ?
Fadhila Brahimi. C’est l’art de promouvoir ses talents et de travailler sa singularité au bénéfice de son projet de vie et de son projet professionnel. Le personal branding ne permet pas seulement de faire son auto promotion. De même, il ne sert pas qu’en cas de recherche de travail, mais tout au long de sa vie pour gérer l’ensemble de sa carrière et s’ouvrir des opportunités pour le futur, en accord avec ses projets, ses valeurs et sa personnalité.

C.F. Le personal branding se fait-il uniquement sur Internet ?
F.B. L’utilisation des techniques de communication et de marketing web représente la partie visible de l’iceberg. En dehors d’Internet, il faut travailler la connaissance de soi, développer son réseau on et offline et participer à des collectifs/associations. On croit à tords que le personal branding se limite à créer un compte LinkedIn et de partager du contenu. Mais on partage quoi ? On se définit comment ? Quel est notre territoire ? Dans quel sens cherche-t-on à développer son réseau ? C’est tout une stratégie.

C.F. Comment mettre en place une stratégie efficace ?
F.B. Plutôt que le mot « objectif », je préfère le terme « vision ». Comment vous voyez-vous vivre dans 5 ans ? Contrairement à ce que l’on pense, le projet de vie et le projet professionnel sont très liés. Le lieu d’habitation influe par exemple sur nos activités. Pour les étudiants, cela suppose de ne pas attendre de terminer sa scolarité pour commencer à travailler son image professionnelle et son réseau. Car le réseau ne donne des fruits qu’entre 3 et 5 ans. Entre temps, on va vous observer, regarder votre travail avant d’avoir envie de vous recommander. Pour cela, il ne suffit pas d’un simple bonjour. Osez interviewer, rencontrer, questionner. On n’attend pas que les choses soient parfaites, il est difficile d’avoir un projet totalement clair. C’est le contact avec les autres qui vous aidera à peaufiner votre profil.

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C.F. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes pour se lancer ?
F.B. Pour commencer, je vous propose de suivre ces deux étapes :

  • Dans un premier temps, n’oubliez pas que vous avez déjà un réseau. Connectez-vous avec vos camarades de classe et à vos professeurs. Au moins une fois par mois, allez dans les salons, sur les forums, à des conférences pour rencontrer des professionnels et développer encore plus votre réseau. Demandez systématiquement sur LinkedIn les personnes que vous rencontrez, y compris et surtout en stage.
  • Dans un deuxième temps : si vous avez une idée globale de ce que vous voulez faire, pourquoi n’utilisez-vous pas les plateformes pour vous exprimer et vous essayer avant d’entrer sur le marché de l’emploi ? Par exemple, un jeune journaliste aura une vraie valeur ajoutée s’il se présente devant un recruteur en montrant ses propres publications (un blog, des postcast audio ou des vidéos). Même si votre travail n’est pas toujours parfait, il montre que vous êtes déterminé à réussir. C’est aussi la meilleure façon pour apprendre à se connaitre et déterminer ce que l’on aime ou pas.

Travailler son image professionnelle, développer son réseau et exercer son talent est le niveau minimum du personal branding. On peut aller plus loin en créant sa propre marque, sa signature, son slogan.

C.F. Créer sa propre marque ne peut-il pas paraître trop prétentieux aux yeux des recruteurs ?
F.B. Cela dépendra du recruteur. Certaines entreprises recherchent des talents, des personnalités et d’autres, non. Mais les mentalités sont en train de changer. On voit de plus en plus de programmes d’ambassadeurs au sein des sociétés. Les entreprises recherchent des influenceurs. Elles pourraient recruter quelqu’un qui a déjà fait la démarche de se créer une communauté et d’avoir un réseau actif qui peut lui être profitable.

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« Un jeune journaliste aura une vraie valeur ajoutée s’il se présente devant un recruteur en montrant ses propres publications (blog, postcast, vidéo…) », Fadhila Brahimi

C.F. Concernant les ambassadeurs de marque, une étude de NewGen Talent Center de l’EDHEC montre pourtant que les jeunes diplômés sont réticents quant à parler de leur entreprise sur les réseaux sociaux…
F.B. Les jeunes utilisent les réseaux sociaux essentiellement pour dialoguer avec leurs amis. Ils considèrent que leur présence en ligne fait partie de leur sphère personnelle, voire intime, et non professionnelle. Pourtant, on peut être présent sur les deux sphères grâce à un bon paramétrage de ses comptes. Cela vient aussi des entreprises. Aujourd’hui, elles se rendent compte que leurs salariés aimeraient promouvoir la marque de leur entreprise mais qu’ils sont seulement 28% à être au courant de sa stratégie. Nous sommes sur de nouveaux paradigmes : il faut considérer l’employé non pas comme un porte-parole mais comme une vitrine de l’entreprise, au même titre qu’un leader peut contribuer à la promotion de la marque, et mettre en place une relation gagnant-gagnant. Il est difficile aujourd’hui de faire accepter le fait que les salariés soient plus actifs et aussi visibles qu’un leader. Le rôle du leader est pourtant d’embarquer des talents pas d’être le plus influenceur.

C.F. Sur quelle plateforme conseillez-vous d’être présent ?
F.B. Il faut être présent sur au moins trois sites :

  1. LinkedIn est non négociable !
  2. Twitter servira à faire de la veille.
  3. La troisième plate-forme dépendra de votre personnalité et de vos activités (photos, vidéos, textes…). Trouvez le terrain d’expression qui vous correspond le plus et qui vous plait.

Il vous faudra un bon après-midi pour tout mettre en place puis jusqu’à deux heures par semaine pour animer ces différents comptes.

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C.F. Quelles sont les erreurs à éviter ?
F.B. Laisser un compte vide sur les médias sociaux, ne pas recréer ces sphères d’intimité et professionnelle par les paramètres et surtout, ne pas tout faire pour pouvoir gagner sa place dans le projet de ses rêves. Aujourd’hui, quand un recruteur a le choix entre deux profils similaires, la différence se fait au niveau du portefeuille de compétences, comme l’animation d’un blog. En dehors des cours, prenez des initiatives, soyez bénévoles dans des associations, lancez votre webradio, montez des projets. Ce sont autant d’activités que vous pourrez valoriser sur votre CV.

C.F. Quelle place prendra le personal branding dans quelques années ?
F.B. On a vécu une période dans le monde professionnel où les recrutements se faisaient uniquement en direct. Puis, il y a eu des tests, le CV et la lettre de motivation. Désormais, on devine que le personal branding peut être handicapant s’il n’est pas travaillé. Il devient aussi important que le CV. Ce n’est plus un élément différenciant, c’est une obligation.

Propos recueillis par Mélodie Moulin

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