Une étude publiée par le Syntec Numérique démontre que seulement un tiers des salariés dans le secteur du numérique sont des femmes, un chiffre qui risquerait de diminuer. En cause, une mauvaise connaissance des métiers et une vision fortement genrée des métiers.

La question de la parité dans le monde du travail n’a jamais été autant d’actualité. Outre l’écart de salaires entre les femmes et les hommes, une autre problématique apparait : la désertion des métiers du numérique par la population féminine. D’après une étude publiée par le Syntec Numérique sur l’attractivité de ces métiers pour les publics féminins en France, 33% des salariés du secteur sont des femmes, contre 53% tous secteurs confondus. Lors de la présentation de cette étude au ClickDay, Ambroise Bouteille, fondateur du cabinet Ambroise Bouteille et associés, alertait même sur « une diminution de cette proportion ».

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67 % des Européens pensent que les femmes n’ont pas les capacités requises pour exercer la science de haut niveau.

Pourquoi les femmes boudent-elles le numérique ?

L’enquête, menée auprès d’une centaine de lycéennes, étudiantes, salariées et entreprises du secteur du numérique, met en avant six facteurs majeurs expliquant le phénomène. La première raison repose sur une vision fortement sexuée de la société. Comme le bleu est associé aux garçons, les métiers techniques et de construction leur seraient réservés tandis que les femmes seraient faites davantage pour le relationnel. Une genrification que l’on retrouve dès les bancs de l’écoles : selon les personnes interrogées, les filières de formation à caractères scientifiques comme le bac ST2S seraient « réservées » aux garçons.

D’un autre côté, le secteur souffre d’idées reçues (« monde de geek » et de « boutonneux à lunettes ») et est souvent réduit à l’informatique. Ainsi, la moitié seulement des lycéennes interrogées annoncent connaître les différentes familles de métiers du numérique. La méconnaissance de ces métiers mais aussi des entreprises et des finalités du secteur est une des raisons qui expliquent son manque d’attractivité auprès des femmes. Ces dernières réduisent trop souvent les missions à « faire des lignes de code » ou « bidouiller derrière son ordinateur ».

La rupture s’effectuerait ainsi dès le choix des études, les étudiants assimilant les formations scientifiques uniquement aux mathématiques. Or, cette matière serait perçue comme assez difficile par les jeunes qui pensent que les métiers du numérique ne leur seront accessibles qu’à la condition d’exceller dans ce domaine. L’autocensure est enfin un frein majeur pour les jeunes femmes. Ces dernières considèrent qu’elles n’ont pas les compétences adaptées. « Cet apriori a du mal à disparaître puisqu’il est nourri par l’entourage », précise Ambroise Bouteille qui rappelle que « 67 % des Européens pensent que les femmes n’ont pas les capacités requises pour exercer la science de haut niveau », d’après une étude menée par la Fondation L’Oréal.

Wanted femmes d’urgence dans le numérique

L’étude pourrait s’arrêter à ce simple constat. Mais c’est sans compter le besoin en recrutement des entreprises dans le secteur du numérique où l’on compte actuellement plus d’offres que de candidats. « Les recruteurs ne souhaitent pas se priver d’une partie de la population, également source de talents », explique Ambroise Bouteille. La création d’équipes mixtes aurait d’autres avantages comme contribuer à une meilleure image de l’entreprise et du numérique en général auprès des clients et des prospects. Cela favoriserait également la performance de la société : « Culturellement, les femmes n’ont pas la même vision du travail que les hommes, compare l’ingénieur, diplômé des Mines. Ces dernières peuvent apporter leur créativité et des nuances dans les relations aux autres. » Dans une interview au Parisien, Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du numérique, n’affirmait-elle d’ailleurs pas que « les femmes ont un rôle moteur à jouer dans la révolution numérique » ?

Quand le numérique drague les femmes

L’étude conclut par quelques pistes pour attirer la population féminine dans le secteur du numérique. Elle préconise par exemple les campagnes de sensibilisation, la diffusion de témoignages de femmes travaillant déjà dans le secteur, l’organisation de Journées Portes Ouvertes spécifiques dans les écoles ou encore la création d’Hackathons, concours et autres prix réservés aux femmes.

Mélodie Moulin

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