A l’occasion de la sortie de son livre Luxe et Digital en Chine, Eric Briones, dit darkplanneur, évoque les particularités de l’Empire du Milieu dans ce secteur.

Eric Briones Luxe Digital Chine

Pourriez-vous nous présenter le livre Luxe et digital ?

C’est un livre que j’ai dirigé pour les éditions Dunod. Il est composé d’une dizaine de chapitres qui font chacun intervenir un expert et une facette du luxe transformée à l’ère post-digital. Par exemple, Manuel Diaz (Emakina) y parle de l’importance de l’expérience notamment dans les boutiques physiques qui deviennent un théâtre, un lieu communautaire. Adeline Amiel Donat (Hermès) analyse le phénomène de l’influence et comment les influenceurs sont devenus de véritables agences de communication. Quant à Pierre Kalaijian, avec qui j’ai co-fondé l’école des métiers du luxe, Paris School of Luxury, il évoque ce que ces transformations du secteur changent dans la manière de se former.

La Chine est le premier pays à traduire votre livre. Est-ce étonnant ?

Au contraire, je trouve que c’est très pertinent ! Aujourd’hui, s’il y a bien une marque qui a parfaitement compris le duo luxe et digital, avec la notion de praticité, de « convenience » et d’expérience, c’est bien Alibaba, le géant chinois.

Quelles sont selon vous les spécificités du marché chinois et en quoi cela nous influence-t-il ?

Je dégagerais trois grandes tendances :

  • En occident, le luxe vit très bien la transformation digitale car les acteurs actuels n’ont pas de véritables concurrents qui viennent les chatouiller. Pourtant, il y a un point où le luxe n’a pas réussi sa transformation : l’e-commerce, malgré quelques essais avec 24 Sevres ou Farfetch. Cependant, l’e-retail chinois a beaucoup de choses à nous apprendre quand on voit ce que les géants du retail comme Alibaba et JC.com sont capables de faire en termes d’expériences du luxe on/offline.
  • La jeunesse chinoise change très rapidement. On sort des stéréotypes pour avoir une population beaucoup plus au fait de la culture du luxe. Cette nouvelle cible vient influencer les grands magasins du luxe en France. Par exemple, en Chine, 50 % du business passe par la gastronomie. Ils construisent autour des restaurants. C’est pourquoi on voit en France et dans les pays occidentaux en général le développement de la partie gourmet qui séduit cette nouvelle cible chinoise, mais qui nous séduit aussi.
  • Enfin, les Chinois ont un rapport bien particulier avec les influenceurs qui sont devenus l’alpha et l’oméga du secteur du luxe. Pourtant, même ce phénomène des influenceurs KOL (Key Opinion Leaders) est en train de changer. On assiste à une remise en question sur le rapport de la vérité. Les KOL sont par exemple de plus en plus attaqués par l’Etat qui leur réclame des impôts. Il y a des choses très intéressantes qui se passent de ce côté-là.

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La version française du livre Luxe et Digital est disponible sur Amazon.

 

Propos recueillis par Mélodie Moulin

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