Plein d’humour, joyeux et passionné, Lucien Jean-Baptiste est connu pour ses films engagés sur le thème du racisme. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la sortie de son film Il a déjà tes yeux. Il revient sur son parcours et se confie sur sa relation avec les producteurs.

Acteur, réalisateur et scénariste français, il ne manquait qu’une casquette sur la tête de Lucien Jean-Baptiste, celle de producteur. C’est désormais chose faite grâce à son 5e film, La deuxième étoile, qu’il co-produit avec Pierre Kubel et Marie-Castille Mention-Schaar, déjà producteurs de son premier long-métrage (La première étoile, 2009). En attendant la sortie fin décembre de cette suite, le comédien semble couler des jours heureux. Son dernier film, Il a déjà tes yeux, sorti début janvier, connaît un certain succès dans les salles noires en prenant dès la première semaine la tête du box-office.

Ses premiers pas dans le cinéma

Sa réussite, il la doit à sa passion, à sa persévérance mais aussi à des rencontres, élément essentiel selon l’acteur pour réussir dans le milieu. C’est pourquoi il faut toujours être « prêt, ouvert et dispo ». Pourtant, Lucien Jean-Baptiste n’était pas parti pour faire du cinéma. Après « un BTS Pub », il travaille une dizaine d’années dans l’événementiel, dont six ans à l’Hôtel Accord Arena (ex-Bercy). A 31 ans, il abandonne tout, suite à un drame personnel, pour réaliser son rêve. Il intègre le Cours Florent et réussit même le très prisé concours de la classe libre. Il monte sur les planches, joue plusieurs rôles secondaires au cinéma et à la télévision. En 2005, il décroche son premier rôle principal pour la comédie dramatique, Emmenez-moi.

Le jeu des rencontres intervient alors. « Un jour, j’ai été contacté par des producteurs qui m’ont demandé si j’avais un rêve. Et oui, je voulais raconter mon expérience au ski. Le picth d’une famille de noirs à la neige a tout de suite plu », se souvient-il. Il vit alors sa première expérience de réalisateur et apprend le métier sur le tas avec des bonnes et mauvaises surprises. La bonne ? Le film fait 2 millions d’entrées. La mauvaise ? « Je n’ai pas touché un rond pour le film ». Chat échaudé craint l’eau froide, le réalisateur en tire les conclusions suivantes : « toujours garder un œil ouvert » et l’importance de l’agent. « Il y a un vrai classement, comme au football. Les producteurs ne vont pas négocier de la même manière avec des agents de la 1re et de la 2e division. »

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Son rapport avec les producteurs

Cette première expérience fut le début d’une formidable aventure de quatre autres films (30° Couleur, Dieumerci !, Il a déjà tes yeux et La deuxième Etoile). Pendant cette décennie, il a découvert l’importance du rôle du producteur. « Il ne sert pas seulement à donner de l’argent mais à apporter sa vision du cinéma et à confronter le réalisateur dans ses idées. Quand tu t’engages financièrement dans un projet, tu es d’ailleurs en droit de donner ton avis. » Le producteur doit ainsi avoir une culture cinématographique impressionnante, connaître toutes les sorties, tous les budgets, les nombres d’entrées et les périodes d’affluence dans les salles noires. Ces connaissances lui permettent alors d’accompagner le réalisateur et de le conseiller. « Certains n’arrivent pas à faire un film parce qu’ils ne veulent pas écouter le producteur », se désole l’acteur.

Pour Lucien Jean-Baptiste, le métier de producteur est magique. « C’est beau, c’est noble. Quand tu produits un film, tu es en haut d’un projet fantastique. Tu en es le moteur », s’enthousiasme-t-il. C’est par lui que tout passe dans la création d’un film : du réalisateur à la recherche de fonds et le casting des acteurs. Le comédien de 52 ans a d’ailleurs une pensée émue pour les producteurs qui l’ont porté jusqu’à aujourd’hui. « Mes premiers producteurs ont eu la folie de croire en moi. Ils ont eu du flair. Sans eux, je ne serais pas là. » Même constat pour les producteurs d’Il a déjà tes yeux, Nolita Cinéma. « Ils auraient pu produire le film sans moi, mais ils m’ont attendu deux ans et demi pour le faire. Je devais d’abord tourner Dieumerci ! Je les remercie tellement pour ça », raconte-t-il avec modestie et reconnaissance.

« Il n’y a pas de recette pour faire un bon film »

Quand on lui demande ce qui fait le succès d’un film, il répond : « il n’y a pas de recette. C’est cette loterie qui est excitante et qui plait aux producteurs. » Faire du cinéma pour « Lulu », comme il aime se surnommer, c’est avant tout de la passion. « Il faut l’avoir dans le bide ». Ensuite, il faut avoir un pitch qui plaise.  « Par exemple, Babysitting. » Si le concept est assez bon, il n’y aura pas besoin de star. Le réalisateur prévient d’ailleurs : « Les artistes bankables n’existent plus. Aucun acteur aujourd’hui ne remplira une salle. Il pourra au mieux assurer la promotion du film et rassurer les investisseurs. »

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En parlant de pitch, le réalisateur-scénariste a jusqu’à présent beaucoup surfé sur la vague du racisme. « Maintenant, j’arrête avec les noirs », a-t-il révélé. Sa prochaine cible ? La famille et le digital. Quant à l’inspiration, il la trouve dans son quotidien, lorsqu’il rentre chez lui et découvre les membres de sa famille chacun dans leur coin à regarder un écran. « Je veux aussi montrer que la famille, c’est quelque chose de magnifique, mais ça peut être aussi un vrai boulet. La famille ne justifie pas tout. Jusqu’où peut-on la tolérer ? ».

La magie des rencontres

Face à des étudiants en production audiovisuelle, Lucien Jean-Baptiste donne des conseils avisés : « Méfiez-vous des petits malins. Plein de guignols viendront vous voir car tout le monde veut faire des films. Mais faites le tri, cherchez dans leurs yeux l’étincelle de celui pour qui s’est vital. » Enfin, il insiste sur l’importance des rencontres et de l’ambition. « Si tu souhaites travailler avec quelqu’un, n’hésite pas à lui demander. Le non, tu l’as déjà dans la poche. Tente d’obtenir le oui. » Comme démonstration, il accepte de jouer dans un court-métrage d’une des étudiantes de Sup de Prod qui lui a présenté son idée. C’est aussi un peu ça la magie de la production : des belles rencontres et des projets qui se concrétisent en mode « Waouh » !

Mélodie Moulin

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