A l’ère du numérique, le métier de journaliste est appelé à subir de profondes mutations. A tel point que certains prédisent la mort de la profession. Vrai ou faux ? Lauren Malka apporte des pistes de réflexion dans son ouvrage Les journalistes se slashent pour mourir

Avant de commencer la présentation du livre, une question s’impose : étudiants, futurs journalistes ou journalistes, pourquoi rêvez-vous d’exercer cette profession pourtant désignée comme le pire métier en 2016 — et ceci pour la troisième année consécutive — selon le classement de CareerCast ? Certains brandiront tels des étendards le nom de leurs modèles (Ernest Hemingway, Albert Londres, Norman Mailer ou encore Emile Zola). D’autres évoqueront avec nostalgie le temps où les rédactions étaient animées, où les journalistes se lançaient dans de longues investigations et où la presse était indépendante et incorruptible. Mais ce mythe a-t-il réellement existé et qu’en est-il aujourd’hui ?

Décortiquer les mythes à la manière de Roland Barthes est justement l’objectif de la récente collection « nouvelles mythologies » des éditions Robert Laffont. L’un des premiers ouvrages de la collection, Les journalistes se slashent pour mourir, rédigée par Lauren Malka, s’applique à la déconstruction des idéologies autour du métier de journaliste. L’auteure décortique en moins de 200 pages les appréhensions des professionnels qui tirent la sonnette d’alarme sur la disparition du reporter au profit d’un journaliste du divertissement à l’ère du 2.0.

Journalisme : entre mythe et réalité

Couverture rouge, quasi absence d’illustrations. On pourrait s’attendre à un essai construit à la mode des universitaires : thèse, antithèse, synthèse. L’indice permettant de comprendre la forme du livre se trouve pourtant dans le titre, référence au célèbre roman de Colleen McCullough. À la grande surprise du lecteur, ce dernier aura le droit à un récit, très bien écrit de surcroît. A la façon d’un roman d’initiation, le narrateur s’interroge, à la première personne, sur la vision du métier de journaliste et sur son avenir. Il va alors chercher la réponse à travers des conférences et divers échanges, où l’on rencontrera des personnalités du secteur, sans qu’elles soient nommées. Saurez-vous les reconnaître ?

La plus grande partie du récit consiste en une correspondance entre un étudiant en journalisme persuadé que Google tue la profession et un jeune historien s’intéressant à l’histoire du journalisme. S’entame alors une vraie réflexion sur le métier à l’ère du numérique : la fonction a-t-elle subi de telles mutations qu’elle en est devenue méconnaissable ou bien les jeunes se font-ils une image idéalisée du journalisme des temps anciens ? Faut-il se plier aux règles de Google ? Le référencement doit-il primer sur la qualité de l’écriture et de la recherche ?

Histoire du journalisme, un perpétuel recommencement ?

L’échange démontrera qu’au fil des années les journalistes ont dû s’adapter aux nouveaux outils (de l’imprimerie à la radio puis la télévision et enfin Internet) tout en faisant face à des problématiques aussi vieilles que la profession elle-même (comment être lu par le plus de monde possible ? Comment lutter contre les personnes qui se font passer pour des journalistes mais n’en sont pas ? etc.). Tandis que l’étudiant désabusé s’insurge contre les moteurs de recherche — Google en tête — qui contraignent les rédacteurs à gagner des parts d’audience en remplissant des critères obscurs, le jeune historien rappelle que la question du modèle économique de la presse a toujours été présente. Théophraste Renaudot, fondateur du premier journal français en 1631, ne s’interrogeait-il pas déjà sur les moyens éditoriaux pour attirer un maximum de lecteur ? Plus tard, en 1836, le jeune rédacteur en chef de La Presse, Emile de Girardin, n’a-t-il pas affirmé « c’est aux annonces de payer le journal » ? Les problèmes d’aujourd’hui seraient-ils donc les problèmes d’hier ?

Au final, Lauren Malka dresse un portrait qui ne semble pas si alarmiste que cela du paysage médiatique. Malgré les contraintes d’Internet, les nouvelles technologiques apportent aussi des bienfaits comme l’accès à un nombre incroyable de données susceptibles d’aboutir à des scandales de grande ampleur. Le web n’est qu’un outil qu’il faut s’approprier et non subir pour réinventer le journalisme de demain. Un journalisme qu’il n’appartient qu’à vous de réinventer.

livre-lauren-malka-journalistes-mourir2016Titre : Les journalistes se slashent pour mourir
Auteur : Lauren Malka
Editions : Robert Laffont
Collections : Les nouvelles mythologies
Date de parution : avril 2016
Nombre de pages : 168
Prix : 10 €

Mélodie Moulin

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