Intermittent du spectacle, Jil Servant endosse de multiples casquettes, du réalisateur de films documentaires à producteur de documentaire et courts-métrages de fiction, essentiellement tournées en outre-mer. Il est également intervenant dans une école de production. Sa carrière prend un nouveau virage en 2015 quand il devient administrateur de production pour les séries télévisées Guyane et Maroni.

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Pourquoi travailler dans le monde de la production audiovisuelle ?

Jil Servant. J’aime la polyvalence et bien sûr la possibilité de travailler tout en voyageant. Après mes études en école de commerce, je voulais travailler dans la production musicale. J’ai toutefois trouvé plus d’opportunités dans le spectacle vivant puis dans l’audiovisuel. Le fait d’avoir notamment fait partie du jury de la jeunesse au Festival de Cannes m’a conforté dans l’idée que le milieu du cinéma était à ma portée. Depuis plus de 15 ans, j’ai pu réaliser et produire de nombreux films et j’ai toujours envie de continuer cette activité.

Selon vous, quelle est la place et quelle sera la place des séries dans la production audiovisuelle ?

Jil Servant.  Je pense que nous sommes en France dans une très bonne période, avec de nombreuses productions très différentes et ce, dans à peu près toutes les régions françaises. La plupart d’entre elles ont d’ailleurs augmenté sensiblement leurs budgets cinéma et audiovisuel, afin d’accueillir encore plus de séries. Il est vrai que la production américaine est toujours dominante, mais les séries françaises s’exportent de mieux en mieux et font preuve d’une originalité qui n’existait pas il y a seulement 10 ans. L’arrivée notamment de Netflix est en train de bouleverser à nouveau les habitudes des producteurs, qui savent que leurs métiers sont en train de connaître une profonde mutation.

En quoi Netflix change-t-il le métier de producteur ?

Les films coproduits par Netflix ne sortent pas en salle, ce qui oblige les producteurs à réfléchir sur l’opportunité ou non de travailler avec Netflix. La salle est, encore en France, le point de départ de tous les retours de financements pour le cinéma. Si un producteur choisit Netflix, il se passe de cette visibilité en salle. Mais il a aussi, pour le moment, des difficultés à avoir les chiffres à l’international sur les recettes générées puisque souvent Netflix ne les communique pas ou très tard.

Y a-t-il selon vous de la place dans la production française pour de jeunes professionnels ?

Jil Servant.  Il y a certainement beaucoup de structures de production en France, mais il n’y a pas assez de producteurs motivés très jeunes à exercer ces métiers. Producteur est encore un poste vraiment méconnu, souvent mal jugé pour des raisons injustes. Certes, il y a eu beaucoup de malversations par le passé, qui ont causé du tort à toute la profession, mais il y a encore beaucoup de travail et énormément de projets à concrétiser. Avec la mutation numérique foudroyante actuelle, nous sommes dans une période où un jeune sans trop d’expérience a la possibilité d’imposer sa propre vision de la production, sans être mis directement hors-jeu.

Quelles sont les compétences nécessaires pour réussir ?

Jil Servant.  Même si on peut parfois être d’accord sur le fait qu’il n’y a pas besoin de diplômes pour travailler dans tout milieu « artistique », c’est quand même oublier que sans certaines bases viser la professionnalisation est impossible. L’audiovisuel demande une polyvalence entre sensibilité artistique et bonne gestion de multiples contraintes sociales et financières. Rares sont toutes ces compétences pour une seule personne, c’est pourquoi on assiste souvent en production à la formation de binômes qui savent se répartir les tâches. Un producteur ne peut pas travailler seul, il se doit de constituer pour chaque film la meilleure équipe possible, en étant prêt tous les jours à tout remettre en question.

Un conseil pour ceux qui souhaiteraient exercer votre métier ?

Jil Servant. Essayez d’aborder le maximum de facettes du métier de producteur, pour vraiment en connaître le maximum de ficelles. N’hésitez pas si possible sur chaque nouveau film à changer de poste. Avec le temps, les véritables motivations sauront s’éclaircir.

Propos recueillis par Mélodie Moulin

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