Pourquoi dit-on qu’on a « fait une coquille » lorsque l’on oublie une lettre ou fait une faute d’orthographe ? Plusieurs anecdotes ou légendes tentent d’expliquer l’origine de cette expression.

Quand le secrétaire de rédaction, le rédac’ chef ou un collègue journaliste relisent votre article, ils leur arrivent de revenir vers vous pour vous signaler quelques « coquilles ». Ce terme, désignant initialement une erreur typographique en imprimerie, a pris avec le temps un sens beaucoup plus large pour évoquer une erreur ou un oubli. Mais quel est le rapport entre une faute d’orthographe ou de typographie et la coquille ?

Notons pour commencer que l’expression est incontestablement liée à l’univers de l’imprimerie. Dès la fin du XVIe siècle, les imprimeurs lyonnais s’appelaient eux-mêmes les « Suppôts du Seigneur de la Coquille ». Il faut cependant attendre 1723 pour que le thème apparaisse officiellement dans l’ouvrage La Science pratique de l’imprimerie de Martin-Dominique Fertel. Quant à savoir d’où vient cette expression, les avis divergent. Voici les explications les plus répandues.

Exemple coquille typographique

A l’origine, une coquille typographique est une erreur faite par l’oubli d’une lettre ou le remplacement d’une lettre par une autre.

La coquille, l’emblème des imprimeurs

La coquille de Saint-Jacques de Compostelle ne serait pas uniquement le symbole des pèlerins. En effet, de nombreux imprimeurs se l’étaient appropriés comme emblème, suggérant ainsi l’idée de rachat et donc de correction après une faute. D’ailleurs, on retrouve dans le vocabulaire de l’imprimerie quelques expressions faisant référence au pèlerinage. Le bourdon désigne ainsi à la fois le bâton des pèlerins et un oubli de lettres ou de mots. De même, « aller à Saint-Jacques » renvoyait aux typographes habitués à ce genre d’erreurs.

Une histoire d’œuf mémorable

Autrefois, l’action d’imprimer un simple article était beaucoup plus long et fastidieux qu’aujourd’hui. D’une grande dextérité, les typographes étaient chargés d’aligner de minuscules petits blocs en plomb représentant chacun un caractère. Ces derniers étaient rangés dans des boîtes en bois, appelées des casses. Malgré la minutie des imprimeurs, il n’est pas difficile d’imaginer le nombre d’erreurs qu’ils pouvaient commettre.

Casse imprimerie coquille

Exemple de casse typographique.

L’expression « faire une coquille » serait d’ailleurs née d’un oubli donnant lieu à une situation plutôt cocasse. L’origine viendrait d’un article publié dans le Journal Officiel résumant les nouvelles réglementations adoptées par l’Assemblée nationale sur le calibrage des œufs. La lettre « q » avait malencontreusement été oubliée dans le mot « coquille ». Le sens du mot se trouvait alors changé et donnait une allure comique à la phrase, comme le souligne Pierre Desproges dans l’une de ses Chroniques de la haine ordinaire :

« […] Il était stipulé que quel que soit leur calibre, les couilles devaient être propres et exemptes de duvet au moment d’être exposées à l’étalage. »

Un bout de coquille oublié

Une autre explication mettrait la faute sur la manière dont on lavait les caractères en plomb. Selon une astuce de grand-mère, le blanc d’œuf serait réputé pour ses pouvoirs nettoyants. Il semblerait que cette recette était connue des typographes qui astiquaient les fameuses plaques d’impression avec des blancs d’œufs. Des bouts de coquilles pouvaient alors rester malencontreusement accrochés aux caractères, provoquant une erreur d’impression.

Comment éviter les coquilles dans ses articles ?

Si aujourd’hui on n’utilise plus de petits blocs en plomb pour écrire des articles, les coquilles n’ont pas disparu pour autant. Elles parsèment nos écrits à notre grand désarroi. Et notamment à celui des journalistes qui doivent avoir une plume irréprochable.

Livre fautes orthographes coquille

Le dictionnaire, le Bled et d’autres livres comme « Halte aux fautes » sont autant d’outils pour vérifier l’orthographe d’un mot.

Cependant, à force de se lire et relire, on finit par ne plus rien voir. On dit d’ailleurs qu’il est plus facile de repérer les fautes des autres. C’est pourquoi il est recommandé de changer d’environnement pour une chasse aux fautes efficace :

  1. Aérez-vous l’esprit : afin de prendre du recul sur votre texte, il est nécessaire de laisser du temps entre la rédaction de l’article et la relecture. Une fois fini, mettez de côté le document pendant un moment et faites autre chose.
  2. Faites croire à votre cerveau que vous lisez un autre texte. Pour cela, plusieurs techniques : imprimer l’article, modifier la taille de la police ou la mise en page, changer la couleur du fond d’écran.
  3. Concentrez-vous sur les phrases et non le sens global du texte. Commencez la relecture par la dernière phrase et remonter jusqu’au début. Vous n’anticiperez ainsi pas ce que vous allez lire et ferez abstraction du sens pour vous concentrer sur les fautes.

Mélodie Moulin

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