Admirés, souvent critiqués, les dessinateurs de presse n’ont pas leur crayon dans leur poche. S’ils ont la satire facile, leur rôle premier est de traiter l’actualité sous la forme de l’humour comme l’explique Dominique Goubelle, dessinateur pour VSD, La Charente libre, Que Choisir ?, Le Point, etc.

Culture Formations. Êtes-vous libre de choisir les sujets que vous traitez ? Si oui, où trouvez-vous l’inspiration ?

Dominique Goubelle. Il y a deux façons de procéder. Pour les journaux comme VSD ou la Charente Libre, je n’ai pas de contraintes et peux traiter les sujets qui m’intéressent. Pour cela, je suis l’actualité le plus possible. Le matin, dès le réveil, je regarde les actus sur Internet. J’ai toujours un œil sur les chaînes d’informations et même dans la voiture j’écoute France Info. Quand je vois une actualité intéressante, je me laisse la journée pour réfléchir et en sortir un dessin. Dans l’autre cas, notamment avec Le Point et Que choisir ?, la rédaction m’envoie les dossiers et articles que je dois illustrer et sur lesquels je dois m’appuyer.

C.F. Vous considérez-vous comme un journaliste ?

D.G. Oui, d’ailleurs beaucoup de dessinateurs ont la carte de presse. Nous traitons juste l’information d’une manière différente avec une touche d’humour.

C.F. Quel message souhaitez-vous faire passer à travers vos dessins ?

D.G. Certains dessinateurs sont donneurs de leçons. Par exemple, Plantu dans Le Monde, privilégie la réflexion. Moi, non : j’ai envie de proposer des dessins amusants. S’ils font réfléchir en plus, tant mieux ! Le dessin de presse doit à l’origine faire rire. Il faut aller le chercher en creusant et en allant plus loin. Je ne m’interdis rien et traite tous les sujets. J’aime bien l’humour noir et n’hésite pas à traiter certains thèmes comme la multiplication des suicides à La Poste.

Dominique Goubelle, dessinateur de presse, revient sur la vague de suicides à la Poste.

C.F. Pratiquez-vous l’auto-censure ?

D.G. C’est ce qui est intéressant dans mon métier, c’est que nous n’avons pas de brides. Je propose et ce sont aux rédacteurs en chef de choisir de publier ou non mes dessins. J’ai par exemple pas mal de dessins sur l’hospitalisation de Jacques Chirac qui me sont restés sur les bras. Au fond, je crois que les gens ont une certaine sympathie pour Chirac. Les gens disent souvent que l’on va trop loin, pourtant sur Facebook ce sont les dessins les plus méchants qui ont le plus de succès…

C.F. Quelles sont selon vous les qualités pour être un bon dessinateur ?

D.G.  Il y a le dessinateur qui dessine bien mais qui n’est pas drôle et l’inverse. Privilégiez la deuxième version ! Pour être un bon dessinateur, il est primordial de s’intéresser à l’actualité et de suivre les informations presque 24h sur 24. On n’est pas là pour faire des Mickeys mais pour raconter des faits récents. Il faut aussi avoir une très bonne culture générale et être très ouvert. Cela permet de faire référence à des faits passés et d’avoir un esprit critique. Enfin, il faut trouver un angle, une idée, une mise en scène, un texte et un titre percutants. Au début, c’est compliqué. Au final, c’est une gymnastique à prendre.

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C.F. Est-il nécessaire d’avoir un bon coup de crayon ?

D.G. Pas besoin de savoir bien dessiner et d’avoir fait les Beaux-Arts ! Ce qui compte en priorité, c’est le texte. Un bon dessin de presse n’a pas besoin d’avoir un décor de fou. D’ailleurs, les détails peuvent perturber le message. On se cantonne souvent à des personnages basiques avec un minimum d’objets. Le plus dur est de trouver son style. Au collège, j’adorais certains dessinateurs de bandes dessinées et j’avais tendance à les copier. Il est pourtant primordial de trouver sa propre patte et d’être identifiable même sans sa signature. C’est très dur d’en arriver là, même avec plusieurs années d’expérience. Au début, on me disait : « attention, tu ressembles à Machin ». Alors je retravaillais les traits de mes personnages, changeais la forme des yeux ou du visage.

C.F. Comment êtes-vous devenu dessinateur de presse ?

D.G. Au collège, je dessinais beaucoup et j’étais passionné par le journalisme. J’ai d’ailleurs été un peu journaliste pendant ma carrière, notamment à la radio. Il y a 15 ans, alors que je travaillais au service communication dans une municipalité, un collègue m’a conseillé d’envoyer mes dessins aux journaux. C’est ce que j’ai fait. Après de nombreuses tentatives, mon premier dessin a été publié à Marianne. J’ai eu progressivement plus de commandes jusqu’à pouvoir arrêter totalement mon activité à la mairie. Je suis dessinateur depuis une dizaine d’année et j’ai la chance de vivre du dessin grâce à mes piges régulières à VSD. C’est une chose très difficile, de nombreux amis dessinateurs sont obligés d’avoir une activité professionnelle en parallèle.

Dessin de presse de Dominique Goubelle.

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier ?

D.G. J’aime dessiner, j’aime l’actu mais ce que j’aime le plus, c’est faire rire les gens. Parfois je ris moi-même de mes propres bêtises. D’ailleurs, petit, je voulais être clown ! On se dit entre dessinateurs que nous sommes de vrais gamins. C’en est jouissif.

Que changeriez-vous dans votre profession ?

D.G. Je regrette qu’il n’y ait pas plus de journaux qui publient des dessins de presse comme avant (il y a 30 ou 40 ans). Peu de rédactions les acceptent encore. La preuve, j’habite dans le Nord-Pas-de-Calais et je travaille pour La Charente Libre. J’ai déjà proposé plusieurs fois mes services à La Voix du Nord, sans succès. Je crois que c’est surtout pour une question économique. Les rédactions préfèrent remplir une page avec une photo qui coûte moins cher et qui pose moins de problèmes… Je pensais qu’il y aurait une prise de conscience avec les attentats de Charlie Hebdo mais ça n’a pas duré longtemps. La profession est un peu sinistrée. Même si j’adore mon métier, je sais qu’il peut s’arrêter du jour au lendemain. Un de mes amis dessine pour la PQR, mais il n’a quasiment que cela pour vivre… La situation est très précaire pour bon nombre de dessinateurs. Face à la difficulté de percer dans le métier, certains jeunes ont tendance à filer leurs dessins gratos ou à brader les prix. Il ne faut surtout pas faire ça, cela tire la profession vers le bas…

C.F. Internet n’a-t-il pas aidé à la démocratisation de la profession ?

D.G. Internet, c’est bien pour se faire une vitrine quand on débute mais il faut y faire très attention. Les gens considèrent qu’à partir du moment où c’est sur la toile, c’est à tout le monde et c’est gratuit. Il n’est pas rare de voir ses dessins sur les sites des autres. Le travail d’un ami a même été bidouillé. Ils avaient gardé ses images mais modifié le texte. Personnellement, j’attends toujours que mes dessins soient publiés dans les magazines papiers avant de les mettre sur Facebook.

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C.F. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent exercer ce métier ?

D.G. Il ne faut pas hésiter à dessiner tout le temps et surtout se tenir constamment informer. Ne baissez pas les bras. Si vous avez du talent, ça ne peut que fonctionner ! Ne visez pas en premier lieu les grands journaux mais adressez-vous plutôt aux gazettes du coin. Personnellement, j’ai envoyé de nombreuses propositions à Marianne sans avoir jamais de réponse. Et puis un beau matin, j’ai reçu un mail m’informant que mon dessin avait été retenu et que je pouvais l’envoyer en HD. Alors, n’abandonnez pas !

Propos recueillis par Mélodie Moulin

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