Qu’est-ce qu’une blockchain ? A quoi ça sert ? A qui s’adresse-t-elle ? Edwige Morency, co-fondateur d’Eureka certification, organisme de formation sur la blockchain, décrypte pour nous cette technologie en pleine croissance.

Culture Formation. Comment avez-vous découvert l’univers de la blockchain ?
Edwige Morency. La première fois que j’ai entendu parlé de Bitcoin, j’ai été très intrigué. La seule monnaie virtuelle que je connaissais, c’était dans les jeux vidéo. Plus tard, je me suis rendu compte que la monnaie numérique n’est qu’une infime partie du bitcoin. Elle est au Bitcoin ce que les mails sont à Internet. J’ai alors lu le livre blanc de Satoshi Nakamoto qui explique que Bitcoin est un protocole pour adosser des services comme des échanges de valeurs, la propriété intellectuelle ou d’autres choses.

C.F. Quelle est votre définition de la blockchain ?
E.M. Tout d’abord, c’est un mot féminin ! Ensuite, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’une technologie sous-jacente à Bitcoin mais d’une structure de données. Chaque protocole de registres crée sa propre blockchain, via un protocole de consensus distribué de façon autonome. Il n’y en a donc pas une seule mais autant qu’il y a de protocoles. Et il y a plus de protocoles que de variétés de fromages !

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C.F. Pourquoi parle-ton autant de la blockchain ? En quoi est-elle innovante ?
E.M. Les financiers en ont peur car elle menace certains emplois. Mais nous, informaticiens, nous voyons tout ce qui est possible de faire avec. Pour moi, les protocoles qui utilisent la technologie blockchain ont le même avenir qu’Internet. Pour l’instant, on considère qu’elle n’est accessible qu’aux geeks car il n’existe pas d’interface facile à appréhender. Mais avec le temps, on va aller vers des applications beaucoup plus mainstream avec de multiples cas d’usage, comme des jetons de fidélisation ou l’échange de valeurs. Il y a une infinité de possibilités au même titre qu’Internet et dans des univers qu’on aurait du mal à imaginer. Dans l’agroalimentaire par exemple, une blockchain peut servir à raconter l’historique des produits grâce à leur traçabilité.

C.F. On parle aujourd’hui de l’impact que la blockchain peut avoir sur les secteurs de la finance et de la banque. Est-ce que la technologie va s’étendre à d’autres domaines d’activités ?
E.M. A terme, tous les secteurs seront touchés, directement ou indirectement. Dans un premier temps, cela impacte le système financier, le trading et le transfert de valeurs. Mais ne pensez pas que les banquiers soient les seuls à devoir s’en préoccuper. Les petites entreprises pourront demain l’utiliser. Encore une fois, Bitcoin a le même parcours qu’Internet. Au départ, seulement quelques personnes l’utilisaient car cela demandait des connaissances techniques et ce n’était pas intuitif. Mais l’outil va se démocratiser pour des usages plus simplifiés. Tout le monde en aura besoin.

C.F. Pour l’instant, la blockchain occasionne plus de suppressions de postes qu’elle n’en crée. La balance va-t-elle s’inverser ?
E.M. Le phénomène de perte d’emplois est présent dans toutes les révolutions technologiques. Mais il y aura ensuite l’émergence de nouveaux métiers comme l’architecte de registre distribué qui crée, organise et pilote les projets sur ces protocoles. Cela demande un peu de temps pour rééquilibrer la balance.

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« La monnaie numérique est au Bitcoin ce que le mail est à Internet« , Edwige Morency. © allanswart

C.F. La blockchain est une technologie connue pour être inviolable. Est-ce vraiment le cas ? 
E.M. Tous les jours, il y a des tentatives de piratage qui échouent. Pourquoi ? Parce que la blockchain de Bitcoin est très difficile à falsifier. Chaque seconde, le réseau Bitcoin calcule des milliards de milliards de données, 10 puissance 18 de preuves de travail (exahash) pour obtenir la permission d’écrire dans la blockchain une fois toutes les 10 minutes. La difficulté technique et économique est telle que cela rend le piratage extrêmement difficile. Mais ce n’est pas le cas pour toutes les blockchains. Certains réseaux sont tellement faibles en puissance de calcul, que leurs blockchains sont facilement crackables. C’est pourquoi il est important de préciser à chaque fois de quelle blockchain on parle.

C.F. Aujourd’hui, quelles sont les limites de la blockchain ?
E.M. J’en note deux : une technique et une réglementaire. Technique car Bitcoin évolue très différemment. Par exemple, Bitcoin permet actuellement de n’effectuer que 7 transactions par seconde. C’est très faible. Pour poursuivre ma comparaison avec Internet, c’est comme à ses débuts quand le débit était tellement bas que vous ne pouviez pas regarder une vidéo. Pour améliorer cette performance, des projets en cours (comme lightning) travaillent sur l’élaboration d’une surcouche qui s’appliquerait au réseau Bitcoin pour accélérer les transactions. La deuxième limite est le manque de réglementation claire. C’est un frein à l’investissement et aux développements de projets utilisant une blockchain. Les investisseurs n’osent pas prendre de risque sur les start-up françaises du secteur de crainte qu’une législation défavorable ne remettre en question la faisabilité des projets dans l’Hexagone…

C.F. Pour finir, comment voyez-vous l’avenir de la blockchain ?
E.M. Je vois une technologie totalement transparente. A terme, tout le monde utilisera Bitcoin, sans que l’on s’en aperçoive. Quant à l’usage précis qu’on en fera, seul l’avenir nous le dira. Il faut simplement préciser qu’une blockchain est un outil merveilleux, mais seulement un outil.

Propos recueillis par Mélodie Moulin

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