Contrairement à ce qui avait été annoncé, le nouvel accord sur la chronologie des médias n’a pas été ratifié jeudi. Des discussions sont toujours en cours, notamment sur le renouvellement des accords liant les groupes Canal + et Orange. Mais, au fait, c’est quoi la chronologie des médias et pourquoi va-t-elle être modifiée ?

Après plusieurs années de réflexion et de tâtonnements, les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel ainsi que la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, sont sur le point de se mettre d’accord sur une nouvelle chronologie des médias, c’est-à-dire les délais de diffusion d’un film sur différents supports après sa sortie en salle. Alors qu’elle était inchangée depuis 2009, cette dernière ne correspondait plus aux attentes et comportements des spectateurs, au point d’être qualifiée « d’obsolète » par la ministre en personne. La nouvelle chronologie accélère la diffusion des productions audiovisuelles en VOD, SVOD et à la télévision, et plus particulièrement pour les films peu attractifs au cinéma.

1. Qu’est-ce que la chronologie des médias ?

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La chronologie des médias est une réglementation qui définit l’ordre d’apparition d’un film chez les différents diffuseurs après sa sortie au cinéma (vidéo à la demande — VOD —, télévision à péage ou en clair, plateforme d’abonnement — SVOD—, etc.).Il s’agit d’une exception culturelle française, cette règle n’existant pas dans les autres pays.

Un peu d’histoire

A l’origine, la chronologie des médias était davantage un accord tacite entre l’ORTF et les productions cinématographiques pour inciter les Français à continuer de se rendre dans les salles noires malgré la démocratisation des petits écrans dans les foyers.Il faut attendre les années 1980 pour que l’arrangement soit officialisé par un arrêté. Les délais établis entre chaque fenêtre ont alors été calculés pour optimiser la rentabilité des films.

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© Jean-Baptiste Brassoud

En parallèle, pour garantir la fréquentation des salles de cinéma en France, un décret de 1990 interdit aux chaines télévisées de diffuser des films les mercredi et vendredi soirs, le samedi ainsi que le dimanche avant 20h30, sauf exceptions.

2. Pourquoi un nouvel accord ?

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L’arrêté jusqu’à présent en vigueur va bientôt souffler ses 10 bougies. Il était jugé plus que désuet depuis plusieurs années face à une industrie cinématographique en perpétuelle mutation. En cause ? L’essor du piratage et l’arrivée sur le marché de plate-formes de vidéos sur abonnement (SVOD)

  1. A l’ère d’Internet et de l’instantanéité, les délais imposés par la chronologie des médias parait trop longs aux yeux des spectateurs. Impatients de découvrir les nouveautés, les internautes n’hésitent pas à avoir recours au piratage pour se procurer les films pas encore sortis officiellement en France. D’après une étude de l’EY, 13 millions de consommateurs en France ont téléchargé ou visionné 2,5 milliards de contenus illégaux en 2017. Soit un manque à gagner de 1,35 milliards d’euros.
  2. Le véritable point de bascule réside cependant dans l’arrivée des plate-formes de vidéos sur abonnement et notamment l’affaire du film Okja avec Netflix. En mai 2017, Netflix qui a financé intégralement le film Okja en compétition au festival de Cannes décide de ne pas diffuser sa création au cinéma mais de l’intégrer directement à sa plate-forme. Une décision qui crée rapidement la polémique car elle ne respecte pas la chronologie des médias. Selon cette dernière, Netflix aurait du attendre 36 mois après la sortie du film au cinéma pour le diffuser à son tour.

3. Que change ce nouvel accord ?

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Le nouvel accord prévoit de réduire les délais de diffusion pour toutes les fenêtres d’exploitation avec des dérogations possibles pour les films comptabilisant moins de 100 000 entrées sur leurs quatre premières semaines en salle (soit plus de 60 % des œuvres). Ainsi, la diffusion en VOD ou DVD peut s’effectuer 3 mois après la sortie en salle contre 4 mois auparavant. Les chaînes à péage pourront les exploiter au bout de 8 mois (6 avec dérogation) au lieu des 10 à 12 mois initiaux. Pour les chaînes gratuites, le délai passe de 28 mois à 22 (20 avec dérogation).

Le nouvel accord change principalement la donne pour les plateformes de vidéos sur abonnement (Netflix, Amazon Prime Video, etc.). Ces dernières peuvent en effet exploiter les films 17 mois (15 avec dérogation) après leur sortie en salle, contre 36 mois auparavant. Un délai considérablement raccourci à condition de « se comporter en acteurs vertueux », c’est-à-dire de prendre des engagements d’investissement dans la production comparables aux chaînes disposant de la même fenêtre (Canal Play, OCS). Dans le cas contraire, le délai reste de 36 mois. Pour comprendre les différentes conditions, Films Lover a publié sur son compte Twitter une infographie :

Pourquoi l’accord n’a-t-il pas été ratifié jeudi comme prévu ?

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A l’heure actuelle, tous les acteurs n’avaient pas encore signé l’accord. C’est notamment le cas du SEVN (Syndicat de l’Edition Vidéo Numérique) et du SEVAD (Syndicats des Editeurs de la Video à la Demande). Si les deux acteurs saluent l’effort, ils considèrent que les nouvelles mesures restent encore inadaptées au marché actuel et surtout aux enjeux du piratage. Ils estiment que les délais restent encore trop longs et déplorent le favoritisme dirigé vers la télévision qui ne représente pourtant plus la majorité de l’audience globale pour ces contenus.

Des pour-parlers sont aussi en cours sur une question annexe : le renouvellement des accords liant les groupes Canal + et Orange à la filière cinématographique. Les discussions reprendront lundi et prévoient la prolongation des accords jusqu’en 2021 sans changement.

Un nouveau rendez-vous pour finaliser l’accord sur la chronologie des médias a été fixé à mardi 11 septembre au ministère de la Culture, sous l’égide de Françoise Nyssen.

Mélodie Moulin

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