Producteur fondateur de Nord-Ouest Films avec Philip Boëffard, Christophe Rossignon a produit de nombreux films dont La Haine, L’odeur de la Papaye Verte ou encore Joyeux Noël et Welcome. Il nous raconte comment il a eu envie de devenir producteur, ses débuts avec les Productions Lazennec et son approche du métier.

Comment êtes-vous devenu producteur ?

Christophe Rossignon. J’ai grandi dans un milieu rural au Nord de la France où il n’y avait pas de cinéma. C’est pourquoi je suis devenu un cinéphile tardivement, vers 20 ans. Quand j’étais en formation continue en école d’ingénieurs (j’avais 30 ans), j’ai écrit un mémoire sur le cinéma et rencontré plusieurs professionnels du secteur. C’est à ce moment-là que je me suis dit que je pouvais combiner mes rêves et faire quelque chose dans le cinéma tout en étant indépendant. Mon père était un agriculteur indépendant et m’avait donné cette envie d’entreprendre, de vouloir quelque peu écrire ma vie moi-même. Alors je me suis lancé en commençant par le court-métrage.

christophe rossignon producteur film

Vous avez produit en un an dix courts métrages. Que retirez-vous de cette expérience ?

Christophe Rossignon. Comme tout le monde, j’ai commencé par le court métrage. C’est, en France, la première école d’apprentissage pour le cinéma. A l’époque, on apprenait sur le tas, il n’y avait pas de formations spécifiques pour le métier de producteur. Dès mon premier court métrage, j’ai tout de suite compris que ce n’était pas un secteur viable. Il s’agissait d’un intermédiaire permettant de trouver le « graal », soit le cinéaste avec qui je passerais du court au long format. J’ai rapidement trouvé avec Matthieu Kassovitz et Tran Anh Hung, pour lesquels j’ai produit 6 films (Métisse, La Haine et Assassin(s) pour le premier et L’odeur de la papaye verte, Cyclo et A la verticale de l’été pour le second).

Comment choisissez-vous les films que vous produisez ?

Christophe Rossignon. Par envie, par goût, par instinct. L’envie de voir se transformer une idée ou une histoire en film. Ce peut être aussi l’envie de s’engager comme avec le film Welcome ou encore Présumé coupable, racontant l’affaire Outreau. On reçoit à Nord-Ouest 400 projets par an, sans compter les livres, les documentaires et les projets télévisuels… Nous sommes maintenant cinq producteurs : trois pour le cinéma (Philip, Pierre Guyard et moi), une productrice TV (Quitterie Gausserès) et une productrice documentaire (Sylvie Randonneix).

Si vous deviez faire un classement, quel serait votre plus belle réussite et, à l’inverse, votre plus gros échec ?

Christophe Rossignon. C’est impossible à dire car on ne peut pas faire rentrer le cinéma dans un tableau Excel. Un film n’est pas le meilleur parce qu’il a fait le plus d’entrées, il a eu le plus de prix, les meilleurs critiques ou il a été le plus vendu à l’étranger. Et puis certains films n’ont pas marché injustement parce qu’ils sont sortis à la mauvaise date ou pour d’autres raisons. Ils n’ont pas rencontré leur public. Mais ils sont pour moi et pour d’autres de véritables chefs d’œuvre, comme Eternité de Tran Anh Hung. Devoir déterminer son film préféré revient un peu à devoir choisir quel est son enfant préféré. C’est impossible.

film Tran Anh Hung Christophe Rossignon

Le film L’odeur de la papaye verte, réalisé par Tran Anh Hung et produit par Christophe Rossignon, a été nommé pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère et a remporté le César du meilleur premier film en 1994.

Quelle est la différence selon vous entre produire pour le cinéma et pour la télévision ?

Christophe Rossignon. Il y a tout un monde entre les deux, mais pour autant beaucoup de points communs. Au cinéma, on propose une œuvre qui peut être aimée ou pas, avoir du succès (ce qui est différent) ou pas. Au contraire, à la télévision, on produit du contenu sur commande, pour plaire au public. Ca prend ou pas, mais tout a été fait pour plaire. La multiplication des séries télévisées répond ainsi à l’envie du téléspectateur.

Les métiers de ces deux univers en sont donc un peu différents. L’un doit connaître parfaitement son public. L’autre beaucoup moins, sinon il singe la télévision et les spectateurs se déplaceront de moins en moins pour aller voir de la TV dans des salles. Je parle ici bien sûr du cinéma d’auteur. Les grosses machines hollywoodiennes, les comédies, les films de genre très ciblés sont bien sûr plus calibrés pour plaire au public.

Un conseil pour ceux qui souhaiteraient se lancer dans la production ?

Christophe Rossignon. Le métier de producteur est un métier d’indépendant. Pour moi, il faut avoir envie d’être autonome et bien entendu aimer l’art en général et plus particulièrement le cinéma. Il faut aussi être un peu casse-cou, tout en ayant les pieds sur terre. Il faut être ouvert à l’autre. Mais il y a autant de façons de produire qu’il y a de producteurs.

Propos recueillis par Mélodie Moulin

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