A l’approche de la présidentielle, Google, Facebook et de nombreux médias français lancent des outils pour lutter contre les fausses informations sur Internet.

S’il y a une chose à retenir de la dernière campagne électorale aux Etats-Unis — outre l’élection de Donald Trump —, c’est l’importance des fausses informations divulguées sur la toile. En première ligne, Google et Facebook ont été montrés du doigt pour leur rôle supposé dans l’élection du candidat républicain et leur influence générale sur l’opinion publique lors de cette période électorale. En France, la problématique des fake news se fait de plus en plus pressante face à la prochaine présidentielle. Pour préserver au maximum la campagne électorale des nouvelles volontairement erronées, les deux géants du numérique et les médias français mettent des outils à destination des internautes.

CrossCheck, le fact-checking version Google

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Des étudiants en journalisme, supervisés par l’AFP, remettront chaque information dite fausse dans leur contexte sur le site CrossCheck de Google.

Lundi 6 février, le réseau First Draft News et Google News Lab ont annoncé le lancement du site CrossCheck pour le 27 février. Les seize rédactions françaises partenaires (France Médias Monde via les Observateurs de France 24, France télévisions, Global Voices, Agence France Presse, Libération, La Provence, Les Echos, La Voix du Nord, Le Monde via les Décodeurs, Nice Matin, Ouest-France, Rue89 Bordeaux, Lyon et Strasbourg et StreetPress) pourront collaborer à cet outil de vérification de l’info du web pour « identifier et vérifier les contenus qui circulent en ligne, qu’il s’agisse de photos, de vidéos, de commentaires ou de sites d’actualités », a précisé Google.

Une équipe d’étudiants en journalisme, supervisée par l’AFP, « résumeront et remettront dans leur contexte chaque allégation » (citations tronquées, photomontages et rumeurs). D’autres rédactions pourront se joindre à l’opération et le public est lui-même invité à participer en signalant les contenus douteux. Les équipes de CrossCheck mèneront ensuite l’enquête.

Les fake news épinglées sur Facebook

Partenaire du site lancé par Google, Facebook a annoncé le même jour la mise en place de ses propres armes de lutte contre les fausses informations. Après l’avoir testé aux Etats-Unis et bientôt en Allemagne, le réseau social va lancer en partenariat avec huit rédactions françaises (AFP, BFM TV, L’Express, France Médias Monde, Libération, Le Monde et 20 Minutes) un outil d’identification et de suivi de contenus en lien avec la présidentielle.

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En collaboration avec les médias Français, Facebook épinglera les fausses informations.

Comment ça marche ? Les internautes pourront signaler les informations sur lesquelles ils ont un doute. Cette dernière remontera alors sur une plate-forme accessible aux rédactions partenaires. Si deux « fact-checkeurs » estiment que l’information est fausse et proposent un lien le prouvant, alors Facebook le signalera par un pictogramme. Au moment de partager l’information sur le réseau social, l’internaute sera alerté de la nature non fondée du message.

De plus, les posts ainsi signalés subiront la loi des algorithmes avec la réduction de leur visibilité sur les fils d’actualité. L’info contestée ne pourra pas non plus faire l’objet d’une publicité sponsorisée. Facebook envisage même de porter atteinte au portefeuille des auteurs, l’argent étant selon le géant du digital une des motivations de diffusion des fake news. L’opération serait pour le moment en phase d’expérimentation en France. Mark Zuckerberg projetterait de déployer l’outil dans d’autres pays.

Le Monde veut décoder

Si on peut saluer l’initiative des poids lourds d’Internet, on peut aussi se demander si ces mesures sont suffisantes et si leur motivation première n’est pas d’assoir davantage leur monopole sur les informations du web. Le Monde avouait d’ailleurs avoir réfléchi avant de rejoindre les actions de Facebook et Google.

Le journal a lui-même sorti dans la même période son propre outil pour vérifier la fiabilité des informations, le « Décodex ». L’outil comprend un moteur de recherche classant les sites selon un code couleur (voir image). Le Monde propose également un bot Facebook pour aider à identifier les fausses informations, une extension Chrome et Firefox pour alerter sur la fiabilité des sites en direct et un guide pour comprendre ce qu’est une vraie information. Une nouvelle fois, la volonté d’avertir et d’éduquer l’internaute est louable mais présente deux limites : le journaliste Vincent Glad pointe du doigt dans son blog la pertinence des critères pour classer les sites ; de plus, pour bénéficier de l’outil, il est nécessaire que la démarche soit volontaire. Les internautes ainsi sensibilisés ne seront qui le veulent bien.

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Le Décodex classe les sites et blogs en cinq catégories en fonction de leur fiabilité. © Le Monde

Les infaux, ce n’est pas nouveau

Enfin, pour conclure ce papier, il semble important de préciser que la divulgation de fausses informations ne date pas d’aujourd’hui. Cependant, le phénomène prend une ampleur exponentielle avec Internet et les réseaux sociaux, où chacun devient le récepteur et l’informateur. Vérifier les informations est d’ailleurs l’une des missions du journaliste et s’applique plus particulièrement à la politique. Prenant le nom de fact-checking dans les années 1990 aux Etats-Unis, l’objectif était de vérifier en temps réel les chiffres donnés par les hommes politiques dans les médias. La pratique s’est ensuite répandue en France vers 2011 au moment de la campagne de l’élection présidentielle.

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Les réseaux sociaux permettent la divulgation massive de fausses informations, chacun devenant à la fois récepteur et émetteur.

Le fact-checking a toutefois montré ses limites en 2016 puisqu’impuissant à entraver le Brexit et l’élection de Donald Trump. Désormais, à l’ère de la post-vérité, les faits objectifs ont moins d’importance dans la formation de l’opinion que l’appel des émotions et des croyances personnelles. La nécessité de trier le vrai du faux deviens pourtant de plus en plus urgente lorsque l’on sait que 82 % des collégiens aux Etats-Unis ne savent pas différencier un publi-rédactionnel d’un article de presse.

Mélodie Moulin

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