Face aux résultats du premier livre blanc sur l’accessibilité numérique des principaux sites corporate et e-commerce en France, Ipedis tire la sonnette d’alarme : aucun des sites audités n’a le niveau minimum d’accessibilité requis.

« Le pouvoir du web est dans son universalité. L’accès pour tous, indépendamment du handicap, est un aspect essentiel. » Déjà en 1989, Tim Berners-Lee, inventeur du web et directeur du World Wide Web Consortium, souhaitait qu’Internet soit, dès sa conception, un espace accessible à tous et gratuit. Où en sommes-nous aujourd’hui, presque 30 ans plus tard ? L’agence digitale UX-Accessible Ipedis a souhaité faire le point sur la situation en 2016 à travers un premier livre blanc. Les résultats montrent qu’il reste encore du travail pour les sites des entreprises du secteur privé, aucun n’atteignant le niveau minimum d’accessibilité requis. Les premières personnes discriminées : les individus en situation de handicap visuel (daltonisme, cécité), ensuite physique (mobilité réduite ne permettant pas l’utilisation de la souris), puis auditif ou cognitif (trouble de l’attention, de la mémoire, etc.), soit 15% de la population mondiale.

Accessibilité numérique : aucun site n’atteint le niveau requis

Si des mesures ont été prises par le gouvernement et l’association BrailleNet pour rendre Internet accessible à tous, elles concernent majoritairement les services publics et l’enseignement. Qu’en est-il des sites des entreprises du secteur privé ? C’est justement ce qu’a voulu savoir Ipedis en publiant le premier livre blanc sur l’accessibilité numérique. Pour réaliser son étude, l’agence a audité 60 sites d’entreprises de e-commerce, appartenant au CAC 40 ou au SBF 120, en se fondant sur les critères d’accessibilité suivants : les images, les cadres, les couleurs, le multimédia, les tableaux, les liens, les scripts, les éléments obligatoires, la structure de l’information et sa présentation, les formulaires, la navigation et la consultation. L’objectif était de valoriser les efforts faits pour rendre les sites accessibles mais aussi de pointer les erreurs les plus fréquentes et bloquantes.

Les résultats de l’enquête sont cependant loin de l’adage du W3C, « un seul web partout pour tous ». Si des efforts sont faits, ils ne sont pas suffisants puisqu’aucun site audité n’atteint le premier pallier d’accessibilité (Simple A, correspondant à 100% des critères d’accessibilité du référentiel AccessiWeb). Le livre blanc met en évidence l’absence de détection par les lecteurs d’écrans d’éléments pourtant indispensables à la navigation (niveaux des titres, tableaux, formulaires), des erreurs dans le code source ainsi que l’impossibilité d’arrêter les animations pour en permettre la lecture. Pour pallier ces problèmes, l’agence recommande la généralisation de l’apprentissage obligatoire de l’accessibilité dans les formations diplômantes, le développement des politiques de conduite de changement et la clarification des enjeux législatifs.

Accessibilité numérique : dans la pratique, ça donne quoi ?

Il reste à savoir si ces résultats font écho au quotidien des personnes présentant un handicap. Alexis Robin, la vingtaine, est non-voyant depuis quelques années. Pour lui, l’utilisation du web « est fondamentale car je suis notamment un grand consommateur de presse que je lis de manière numérique ». Muni d’un clavier AZERTY et d’un lecteur d’écran qui restitue vocalement ou en braille le contenu d’une page Internet, le jeune homme estime que les sites sont « globalement accessibles. Cela devient rare de tomber sur un mauvais site. » Il ajoute : « Ipedis est un organisme hyper pointilleux. Si on regarde les normes, c’est vrai qu’il y a du travail, mais comme pour la plupart des choses, il faut apprendre à se débrouiller et à s’adapter. Il faudrait que les études mettent davantage l’accent sur l’usage. »

Alexis Robin reconnait cependant qu’il faut être « à l’aise avec l’informatique et connaître quelques astuces » pour s’en sortir. Des compétences qui ne sont pas données à tout le monde, notamment aux personnes âgées. « La difficulté pour ces dernières à naviguer sur la toile sera de toute façon présente, même si elles n’ont pas de handicap », nuance le jeune homme. Pour lui, certaines technologies posent encore problème comme l’application flash et la lecture des photos. « Je rencontre également des soucis quand il faut marquer un code pour indiquer que je ne suis pas un robot. »

Dans les faits, la navigation sur Internet semble donc accessible aux personnes présentant un handicap dans une moindre mesure. Mais les efforts ne doivent pas s’arrêter là. La généralisation du langage HTML5 plus lisible par les lecteurs d’écran ainsi que la sensibilisation des professionnels du digital en la matière sont autant de pistes pour améliorer la situation.

Accessibilité numérique : que dit la loi française ?

En France, la loi 2005-102, appliquée depuis 2015, prévoit « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». A partir de là, deux grands référentiels quasi-identiques ont été développés : le référentiel général d’accessibilité des administrations (RGAA), pour le service public et les entreprises semi-publiques, et le référentiel AccessiWeb développé par l’association BrailleNet. Le niveau d’accessibilité demandé pour les entreprises dépendantes du RGAA est le niveau double A (Triple A étant la note maximale). Le niveau minimum exigé pour les entreprises privées souhaitant adopter une démarche d’accessibilité numérique est le Simple A, c’est-à-dire que le site soit conforme à 100% au regard des critères concernés, toutes les informations sont disponibles et accessibles.

En 2015, l’étude menée par l’association BrailleNet a révélé qu’un seul site public français parmi les 602 auditionnés était réellement conforme au RGAA. Face à ce constat, Axelle Lemaire, Secrétaire d’Etat chargée du numérique, et le ministère de l’Economie de l’industrie et du numérique, ont lancé le projet « pour une République Numérique » et signé une convention avec l’association BrailleNet pour sensibiliser et former les acteurs des métiers du numérique.

 

Mélodie Moulin

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